Un clivage identitaire profond
Aujourd’hui, au cœur du débat israélien, se joue une lecture de l’avenir où certaines forces de gauche se revendiquent progressistes tout en laissant apparaître des marges de critique et parfois une dérive qui, selon ses adversaires, fragilise la cohésion nationale et l’unité du peuple.
Pour ces critiques, ce courant se caractérise par un refus net de certaines traditions politiques et religieuses, une volonté de redéfinir l’identité dans une logique universaliste et citoyenne. tout cela, par une réinterprétation des enjeux sécuritaires et démographiques qui, selon eux, ne prend pas suffisamment en compte les réalités historiques et géopolitiques du pays.
À l’opposé, la droite qui se définit fièrement comme plus ancrée dans le judaïsme et ses racines et se présente comme la gardienne d’un héritage historique, d’un cadre éthique et d’un récit national largement partagé. Ses partisans soutiennent que l’identité juive n’est pas une simple composante culturelle, mais un lien vivant qui unit mémoire, droit et territoire. Selon eux, cette approche réaffirme les liens entre la Torah, la tradition et l’action politique.
Elle fournit un cap clair face à des défis sécuritaires et démographiques complexes. Elle est aussi vue comme un socle qui permet de préserver une certaine continuité morale et narrative, tout en restant attachée à des institutions qui protègent les libertés publiques et les droits civils, mais dans un cadre où la frontière entre religion et citoyenneté reste ancrée dans une logique historique de survie et de communauté.
D'un coté il existe une gauche suivant une politique dite progressistes qui fragilise le vivre-ensemble dans l’État-nation. Elle privilégie l’autonomie individuelle et les droits dilués dans un wokisme exacerbé et qui va à l'encontre d'un véritable retour juif sur sa terre ancestrale.
À l’inverse, on peut décrire une droite fière de son judaïsme qui affirme ses valeurs au sein d’une patrie qui ne demande que la sécurité, la justice et la dignité pour tous ses habitants. Cette vision voit l’identité juive comme un moteur d’éthique, de responsabilité civique et de solidarité, tout en soutenant un État qui garantit les droits de chacun et œuvre pour une société sûre et équitable.
Ce dialogue polarisé ne peut être réduit à un affrontement entre modernité et tradition. Il appelle plutôt à des mécanismes de médiation qui reconnaissent les peurs et les aspirations de chaque camp: sécurité, reconnaissance des pratiques religieuses, droits des minorités, et liberté individuelle, sans sacrifier les éléments jugés constitutifs de l’identité nationale. L’enjeu est de construire une harmonie qui ne sacrifie ni l’expression collective ni la dignité de chacun, tout en préservant la mémoire et la continuité qui donnent sens à la vie politique et civique du pays.
En somme, Israël navigue entre une lecture assignant à la Torah une fonction matricielle et un récit d’unité, et une autre qui avance une citoyenneté universelle et une neutralité étatique, chacun cherchant à légitimer sa vision comme garante d’un futur sûr et digne pour tous ses habitants.
La droite israélienne : continuité, prudence et responsabilité historique
Les études de sociologie politique sur le bloc national-traditionnel montrent qu’il se voit comme : le gardien de la continuité juive, l'héritier du récit historique et religieux, le responsable pour préserver l’unité du peuple malgré les divergences internes.
Selon plusieurs chercheurs, ce courant adopte souvent une posture prudente, cherchant à éviter l’escalade interne, car il relit les crises d’Israël à travers le prisme du traumatisme historique des conflits fratricides. Dans cette lecture, toute division interne grave est perçue comme un risque pour la cohésion du peuple et, par extension, pour la pérennité de l’identité juive (Horowitz et Lissak, Trouble in Utopia).

Le judaïsme et son sens de la responsabilité
L’esprit juif, dans sa quête d’éthique et de mémoire, pousse à une sensibilité qui cherche l’équilibre entre unité collective et dignité individuelle. Il valorise la responsabilité communautaire tout en reconnaissant les droits de chacun, afin de nourrir la justice sociale et la sécurité du peuple.
Cette sensibilité s’appuie sur une mémoire historique qui rappelle les défis de la survie et de l’habitation d’un État, tout en appelant à l’ouverture et au dialogue. Elle encourage un cadre où la solidarité n’exclut pas le pluralisme, et où les symboles partagés coexistent avec les libertés civiles.
Les valeurs et les comportements du judaïsme prennent leur sens dans un cadre spirituel et moral spécifique, façonné par la tradition juive et les enseignements des sages.
Le Maharal explique que l’identité d’Israël repose sur une unité intérieure enracinée dans une source spirituelle commune. Lorsque le peuple se déchire, il perd son harmonie, et la nation s’affaiblit (Nétsa'h Israël, chapitre 1).
Cette idée renforce la conviction qu’un affrontement interne serait le plus grand danger.
Le Rav Kook voit l’identité juive comme une force vivante où chaque courant possède une parcelle de vérité (Orote).
Pour lui, le camp religieux exprime la dimension sacrée, le camp laïc veut exprimer sa dimension universelle. Mais la rupture entre eux devient destructrice lorsqu’elle coupe Israël de sa racine spirituelle, source de son unité profonde.
Le Rav Dessler distingue dans la panoplie des traits de caractères chez l'homme la force du don. Une identité collective centrée sur la Torah tend vers le don, la mémoire, la responsabilité. Lorsqu’une société privilégie exclusivement l’individu sans référence à une transcendance commune, elle perd la capacité d’unité réelle (Mikhtav MéEliyahou Tome 1 et 3).
Le camp progressiste : une reconfiguration de l’identité
Les recherches montrent que les groupes progressistes (gauchistes) israéliens adoptent parfois une définition de l’identité juive davantage culturelle que religieuse, davantage individuelle que collective, davantage civique qu’historique.
Cette orientation, nourrie par les idéologies globales circulant dans les milieux universitaires occidentaux, est perçue, et avec justesse et conscience, par les milieux traditionnels comme une prise de distance marquée envers les fondements historiques du peuple juif.
Pour ce camp progressiste il s’agit d’une tendance sociologique, non d’une intention consciente. Mais avec tant de haine de la part de ce camp pour une droite consciencieuse et non influencée par la mouvance wokiste, il y a lieu de se poser la question. 
Et pour cela se profilent trois scénarios pour l’avenir d’Israël et leur impact éducatif
Premier scénario : renforcement d’une identité nationale et traditionnelle.
Tendances possibles
- Consolidation de l’éducation juive dans le système national.
- Promotion des études bibliques, talmudiques et du patrimoine historique.
- Revalorisation de la transmission multi-générationnelle.
- Dialogue renforcé entre laïcs et religieux pour préserver l’unité.
Impact éducatif
- Accent mis sur l’hébreu biblique, la pensée juive, l’histoire juive.
- Développement de programmes combinant technologie moderne et valeurs juives.
- Création d’un récit commun mobilisateur, unificateur.
Dans la lecture du Maharal ou de Rav Dessler, ce scénario favorise la cohésion intérieure et la résilience.
Second scénario : dualisation prolongée et coexistence conflictuelle.
Tendances possibles
- Polarisation durable entre deux systèmes de valeurs.
- Alternance de tensions politiques et institutionnelles.
- Fragmentation accrue entre secteurs éducatifs (laïc, Dati-léoumi, 'Harédi)
Impact éducatif
- Systèmes scolaires parallèles renforcés.
- Difficulté à transmettre un récit collectif partagé.
- Risque de désaccords sur l’enseignement du judaïsme, de l’histoire ou de l’identité nationale.
Dans la lecture de Rav Kook, ce scénario représente une lutte entre deux forces légitimes mais non harmonisées.
Troisième scénario : domination culturelle du progressisme global.
Tendances possibles
- Influence croissante des valeurs universalistes occidentales.
- Réduction du rôle de la Torah dans les institutions publiques.
- Développement d’une identité juive plus civique que religieuse.
Impact éducatif
- Recul du contenu traditionnel dans les écoles publiques.
- Renforcement d’un enseignement centré sur les sciences sociales progressistes.
- Tension croissante entre réseaux éducatifs traditionnels et institutions étatiques.
Pour Rav Dessler, ce scénario fragmente l’identité collective en privilégiant l’individu au détriment du lien transcendant.
Conclusion
La tension entre vision traditionnelle et vision progressiste n’est pas un épisode passager mais un choix de civilisation.
La droite laïque et nationale-religieuse s’est distinguée par une conduite mesurée, même dans des années de grande tension, de guerre ou de dissension. Elle n’a pas recours à des formes de violence symbolique avec des manifestations et incendies dans le domaine public et sur les routes et quartiers résidentiels (quartier du premier ministre), destructions ou même des agressions contre des opposants ou des médias, même s’ils expriment un point de vue contraire.
Cette droite perpétue un idéal de dignité, d’empathie à l’égard de ses frères, malgré des désaccords politiques profonds et des juges prompts à trancher pour une gauche qui ressemble à ce veau d'or.
Ces traits, je les relie à une conscience de l’histoire, de la fragilité du peuple juif et de l’importance de préserver l’unité interne. Cela correspond à l’idée que le maintien de la paix interne n’est pas un choix facile, mais un devoir.
À l’inverse, on peut percevoir une partie de la gauche comme guidée par une obsession idéologique à l’élimination d’une vérité concurrente. Et cela même au prix du bien commun, ce qui, met en danger la survie morale et identitaire du pays.
Ce que cette perspective met en lumière c'est l’importance de la retenue et de la modération en période de crise, pour préserver l’unité d’un peuple. La valeur de la mémoire collective, de la tradition, comme fondement d’une stabilité identitaire.
Le danger de la vision progressiste, cette idéologie qui met l’intérêt partisan au-dessus de l’unité nationale, de la cohésion sociale, de la continuité historique, est qu'elle permet aux ennemis de s'infiltrer insidieusement dans nos sociétés.