Le don de la Torah n’est pas un moment de ferveur mystique détaché du réel, mais une confrontation radicale entre l’homme et l’exigence du vrai. Au Mont Sinaï, Israël ne reçoit pas seulement des commandements mais une responsabilité pour donner un sens à l'humanité.
Pourquoi la Torah commence par un conseil humain ?
Avant l'événement du mont Sinaï, la Torah s’arrête longuement sur les conseils de Yitro à Moché. Ce détour n’est pas narratif mais conceptuel.
Rav Shimshon Raphael Hirsch souligne que la Torah ne s’enracine pas dans une extase spirituelle, mais dans une organisation morale du réel. Une société incapable de justice humaine ne peut recevoir une loi divine (Commentaires sur Chémote 18, principe de Derekh Erets kadma laTorah).
Le Sinaï n’est accessible qu’après l’apprentissage de la limite humaine. La révélation commence par l’acceptation de la finitude de l'homme.
La foi authentique ne s’exprime pas dans l’émotion de la révélation, mais dans la fidélité après le tonnerre.
La Torah ne soumet pas l’homme: Elle l’appelle
Rav Moché Shapira souligne que le premier commandement n’est pas un ordre, mais une déclaration d’identité :
Je suis Hachem ton D-ieu (Anokhi Hachèm)
Ne dit pas ce que tu dois faire, mais devant Qui tu te tiens.
Le Rav nous enseigne que la Torah commence par établir une relation fondamentale avant toute obligation. Ce n’est pas d’abord un déballage de règles, mais la reconnaissance d’une présence divine. Je suis Hachèm ton D-ieu affirme notre lien essentiel avec D-ieu, qui fonde toute responsabilité morale. Avant d’agir, il faut savoir devant Qui on se tient (Chi'ourim sur Matane Torah).
La loi ne commence pas par l’interdit, mais par la relation
Rav Yossef Soloveitchik explique que la révélation du Sinaï transforme la liberté négative en liberté créatrice.
Le Rav signifie que la vraie liberté ne se réduit pas à l’absence de contraintes (liberté négative), mais qu’elle s’épanouit quand l’homme choisit volontairement de s’engager dans une loi plus haute que lui.
Accepter une loi divine, qui dépasse ses désirs immédiats, élève la liberté en la transformant en une force créatrice et responsable, fondée sur un sens profond. L’homme n’est libre que lorsqu’il accepte une loi qui le dépasse.
Conclusion
La Torah n’a pas été donnée aux anges, mais à des hommes capables de refuser. Le Sinaï n’est pas un refuge spirituel. Il est le lieu où l’homme accepte de devenir responsable du monde.