A'haré Mot - Kédochim : l'Échelle de la Sainteté

La paracha A'haré Mote s'ouvre sur les instructions données à Aharon après le décès de ses deux fils, Nadav et Avihou.

Dans ses enseignements (Afikei Mayim), Rav Moché Shapira souligne que le titre de la paracha après la mort définit la condition humaine face à l'infini. La tragédie des fils d'Aharon n'était pas un manque de ferveur, mais un manque de limite.

La sainteté nécessite une enceinte. Sans limites, la lumière divine ne construit pas, elle consume. Le service de Yom Kippour est l'exercice ultime de cette retenue : on n'entre dans le Saint des Saints qu'une fois par an, avec un protocole précis.

S'approcher de D-ieu exige de sacrifier son ego et ses propres impulsions pour se fondre dans la volonté divine. Le service du Yom Kippour détaillé ici enseigne que pour s'approcher de l'Essence (le Saint des Saints), il faut une préparation et une séparation absolues.

La sainteté n'est pas une fusion émotionnelle, mais une discipline de la distance. On n'entre pas dans le Sanctuaire par impulsion, mais par invitation divine.

C'est le paradoxe de la lumière et pour en bénéficier sans être aveuglé, il faut savoir se tenir exactement à la bonne distance et porter les bons filtres.

L'appel à la sainteté : Kédochim

« Soyez saints, car Je suis saint, Moi, l'Éternel, votre D-ieu » (Vayikra 19:2).

Rav Shimshone Raphael Hirsch révolutionne la définition de la Kédoucha (sainteté). Pour lui, être saint ne signifie pas s'isoler du monde ou vivre en ermite.

Et c'est en cela que la paracha Kédochim insiste sur les lois sociales (ne pas voler, laisser les coins du champ aux pauvres, respecter ses parents) et des lois rituelles.
La sainteté réside donc dans la capacité de l'homme à élever les actes les plus banals (le commerce, l'agriculture, les relations familiales) au niveau du divin.

Le Rambane analyse le célèbre verset :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Vayikra 19:18).

Il souligne que l'on ne peut pas commander un sentiment aussi fort que l'amour de manière absolue.
Ce commandement signifie que l'on doit désirer pour son prochain tous les bienfaits que l'on souhaite pour soi-même, sans aucune pointe de jalousie.

L'unité 

Cette injonction est le cœur de la paracha car elle est la condition sine qua non pour que la Présence divine réside au sein du peuple.

Rav Eliyahou Eliezer Dessler lie les deux parachiot par le concept de maîtrise de soi. Maîtriser ses impulsions spirituelles en ne rentrant pas n'importe quand dans le Sanctuaire (A'haré Mote). Et maîtriser ses pulsions matérielles et égoïstes en partageant ses biens et surveiller sa parole (Kedochim).

En se limitant soi-même, on crée de l'espace pour l'autre et pour D-ieu. C'est l'essence même de la vie juive.