Yom Hazikarone : le prix de la résilience

Ce soir, Israël ne se fige pas par simple coutume. Il se suspend à une sirène qui, cette année, ne se contente pas de réveiller les morts mais avertit les vivants. En ce Yom Hazikaron, la douleur a un goût de métal. Elle se mêle à l’odeur de la poudre encore fraîche d’une guerre qui ne dit pas son nom, et à ce cessez-le-feu avec l’Iran qui ressemble moins à une paix qu'à une mèche courte que l’on regarde se consumer, debout et vigilants.

Une généalogie du sacrifice

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, l’État d’Israël en renaissant de ses cendres, a sanctuarisé ce temps pour rendre hommage aux soldats morts pour la patrie et aux victimes des opérations de haine. On dénombre environ 25 040 soldats et membres des forces de sécurité.

Ce chiffre inclut les soldats de Tsahal, de la police, du Shin Bet et du Mossad.
Au-delà des morts, la société israélienne compte aujourd'hui des milliers de parents endeuillés, de veuves et d'orphelins dont le nombre a tragiquement augmenté de plus de 25% depuis le début du conflit en 2023.

Passer des tranchées de 1948 à celles de la frontière nord en 2026 n'est pas une simple leçon d'histoire mais une plaie ouverte. Nous ne sommes pas face à des statistiques, mais face à une lignée ininterrompue de visages, ceux de nos fils et filles tombés au front, et de nos civils fauchés par le terrorisme.

Le décompte de nos disparus est le seul calendrier que le monde semble nous autoriser à tenir. C’est là que réside le drame absolu, alors que les nations se targuent de progrès, le peuple juif sur sa terre est encore sommé de justifier son droit à ne pas mourir.

Le nouveau visage de l'hydre

Hier, la haine était crue, viscérale. Aujourd’hui, elle s’est raffinée. Elle a troqué le fiel pour le velours d'un progressisme violent et les slogans d’un humanisme dévoyé. Ce wokisme et ce gaucho-islamisme sélectifs, qui s’émeuvent de chaque injustice planétaire sauf quand coule le sang juif, ne sont que le nouveau masque de l’hydre à plusieurs têtes.

Sous le fard de l’antisionisme, le refus demeure inchangé. C'est celui de voir le Juif s'arracher à sa condition de victime pour s'affirmer, enfin, comme l’unique architecte de son destin. On lui pardonnait ses larmes d'exilé, on ne lui pardonne pas sa souveraineté de soldat.

Pourtant, malgré ce siège permanent, l'esprit ne rompt pas. La résilience juive n’est pas une posture politique, c’est une force biologique et spirituelle. C’est la mère qui envoie son fils au front tout en préparant le repas du Chabbate. C'est ce peuple qui, entre deux alertes aux missiles, continue de bâtir, d'innover et de rire.

Cette résilience est un affront pour ceux qui voudraient nous voir disparaître. Ils ne comprennent pas que notre mémoire n'est pas un mausolée, mais un moteur. Pour nous, se souvenir des nôtres n'est pas une fin, c'est un mandat pour exister plus intensément demain.

La pensée de nos sages

Le Maharal expliquait que l’identité d’Israël est essentielle et non accidentelle. Pour les non-initiés, cela signifie que notre existence ne dépend pas des circonstances extérieures, qu'elles soient diplomatiques ou militaires, mais d'une nécessité intrinsèque. Le Rav souligne que plus on tente d'écraser une chose essentielle, plus sa force intérieure jaillit.

Rav Moché Shapira ajoutait une dimension presque mystique à ce passage du deuil à la joie de l'Indépendance. Il enseignait que dans le monde de la vérité, la douleur de la perte et la force de la délivrance puisent à la même source. Se souvenir, ce n'est pas regarder en arrière, c'est ramasser l'étincelle de celui qui est tombé pour éclairer le chemin qui reste à parcourir.

Ce soir, alors que le ciel de Tel-Aviv et de Jérusalem scrute l'horizon à la recherche de menaces lointaines, nous restons debout. Non pas parce que nous n'avons pas peur, mais parce que notre mémoire est plus longue que leurs missiles. Nous sommes les gardiens d'une flamme que plus de 78 ans de haine moderne n'ont jamais réussi à souffler.