Le chemin des pèlerins (דרך עולי הרגל) à Jérusalem, une voie monumentale qui servait autrefois de lien direct entre le sud de la ville antique et le mont du Temple, a été ouvert au public pour la première fois en près de deux millénaires, après des décennies de fouilles archéologiques.
Cette route historique, longue d’environ 600 mètres, se trouve dans le parc archéologique de la City of David, au sud-est de la vieille ville.
Elle a été dévoilée après plus de 13 ans de travail archéologique intensif mené par l’Autorité des antiquités d’Israël avec l’appui de l’organisation qui gère le site.

Le chemin s’élève progressivement depuis les abords de l’ancien Bassin de Siloé (Pool of Siloam), un point d’entrée majeur de l’ancienne cité et lieu de purification rituelle pour les pèlerins, jusqu’au pied des murailles du mont du Temple.
C’est sur ce tracé que des milliers de fidèles se rendaient, notamment lors des grandes fêtes juives comme Pessa’h, Chavouot et Souccot, pour monter au Temple central. La voie est structurée comme une rue pavée à larges marches, large d’environ huit mètres, et les pierres qui la composent sont les mêmes que celles foulées par les anciens pèlerins.
Rendu du bassin de Siloam et de la route du pèlerinage à l’époque du Second temple. (Crédit : Shalom Kveller, City of David Archives)
Sous la chaussée se trouve un important système de drainage où des objets comme des pièces de monnaie, des lampes à huile et des outils du premier siècle ont été découverts, témoignant de l’activité juive intense qui entourait cette artère. Ces trouvailles confirment que la route fut un axe majeur du Second Temple, construit peu avant l’an 70 de notre ère et détruit à la suite de la révolte juive contre Rome.
L’ouverture au public est considérée comme une étape significative dans l’accès à l’histoire vivante de Jérusalem : pour la première fois, des visiteurs peuvent marcher directement sur une voie ancienne qui reliait des lieux bibliques clés.
Depuis début 2026, des visites guidées permettent à chacun d’emprunter l’intégralité du chemin qui fut, il y a deux mille ans, l’un des axes les plus fréquentés de la ville.
En rendant tangible cette connexion entre le passé antique et le présent, le chemin des pèlerins offre une expérience unique : non seulement un témoignage archéologique majeur, mais aussi un moyen concret de comprendre et de ressentir le parcours spirituel de ceux qui montaient vers le Temple.
Pourtant un problème Halakhique mérite éclaircissement.
Concernant le mont du temple lui même, existe des raisons halakhiques principales pour lesquelles les rabbins orthodoxes interdisent l’accès à l’esplanade du Temple (au-delà du Kotel).
La raison centrale est le problème d’impureté rituelle (טומאת מת). Depuis la destruction du Temple, tous les Juifs sont présumés impurs par contact avec un mort, directement ou indirectement. Or, la purification complète nécessite les cendres de la vache rousse (פרה אדומה), aujourd’hui inexistantes. Cette impureté interdit formellement l’accès à certaines zones du mont du Temple sous peine de sanction toranique grave (retranchement - כרת).
Deuxième point majeur : l’impossibilité de localiser avec certitude les zones interdites. La Torah distingue différents degrés de sainteté sur le mont du Temple : le Har Habayit, le parvis, le Sanctuaire, le Saint des Saints. Même si certains chercheurs proposent des localisations, la majorité des décisionnaires estiment que l’emplacement exact du Temple et de ses cours n’est pas suffisamment certain pour garantir que l’on n’entrera pas involontairement dans une zone strictement interdite aux personnes impures.
Troisièmement, même indépendamment de l’impureté liée aux morts, l’accès au mont du Temple exigeait à l’époque du Temple un état de pureté renforcée, incluant immersion rituelle et autres préparations spécifiques. En l’absence du Temple et de son service, ces conditions ne peuvent être pleinement remplies selon de nombreux décisionnaires.
Dans une déclaration publique récente, le Rav Yits'hak Yossef a fermement réaffirmé l’interdiction halakhique de monter sur le mont du Temple. Cette interdiction n’est pas simplement une règle d’usage ou d’opinion. Il la présente comme conforme à une décision halakhique établie, reflétant la crainte de transgresser les lois de pureté et le statut religieux du lieu.
Fin du parcours jouxtant le mur de soutènement
Concernant le parcours archéologique du chemin des pèlerins
La grande majorité des rabbanim, y compris dans le monde orthodoxe, ne voit aucun obstacle halakhique à emprunter ce chemin.
La raison est simple : le chemin se situe en dehors de l'enceinte sacrée délimitée par les murs de soutènement du Mont du Temple (le Kotel au sens large).
Position du Rav Chmouel Rabinovitch (Rabbin du Mur Occidental et des Lieux Saints) : Il est l'une des figures centrales qui encadrent ces sites. Pour lui, tant que les fouilles et les parcours restent à l'extérieur des murs de l'esplanade (ce qui est le cas), il n'y a pas de crainte de transgression.
l’autorisation n’est valable que si le tracé est clairement balisé et supervisé, sans possibilité de déviation vers des zones douteuses. C’est précisément pour cette raison que les parcours ouverts au public suivent aujourd’hui un itinéraire contrôlé, fondé sur les conclusions conjointes d’archéologues et d’experts halakhiques conservateurs.
Les réserves
Il n'existe pas d'interdiction formelle de marcher sur le Chemin des Pèlerins de la part de grands décisionnaires, mais deux types de "réserves" apparaissent :
1. La question des tunnels sous-jacents : Des discussions halakhiques ont eu lieu concernant les tunnels qui passent très près des fondations du Mont. Des décisionnaires comme Rav Avraham Isaac Kook (par le passé) ou certains membres du Grand Rabbinat rappellent que si un tunnel devait passer techniquement sous la surface du Mont (à l'intérieur de la verticale des murs), la question de la sainteté pourrait se poser.
Cependant, les ingénieurs et archéologues d'Ir David assurent que le tracé actuel reste à l'extérieur.
Source : Archives du Grand Rabbinat d'Israël, Déclarations de la Fondation Ir David (2025-2026).
2. La crainte du dépassement : Certains rabbins du courant Harédi (Rav Yosef Shalom Elyashiv, Rav Shmuel Wosner, Rav Aharon Leib Shteinman, Rav Dov Landau) dans une logique éducative et préventive évitent d'encourager ces visites par crainte que les touristes, une fois arrivés au bout du tunnel (proche du Mur Sud), ne soient tentés de monter sur l'esplanade et d'enfreindre un interdit grave. C'est uniquement une mesure de précaution, pas une interdiction.
Il est important de souligner que cette attitude reste informelle :
– elle n’est généralement pas formulée sous forme de décision explicite,
– elle n’apparaît pas dans des responsa publiées,
– elle dépend fortement du public visé (touristes, élèves, grand public).
Le cas particulier des Cohanim
Une attention particulière est portée aux Cohanim (descendants des prêtres). La Halakha leur interdit de se trouver dans un lieu où il y a un mort (ou sous le même toit).
Comme le site est archéologique et souterrain, des vérifications ont été faites pour s'assurer qu'aucune sépulture antique ne se trouve sur le trajet.
Rav Ovadia Yosef zatsal et d'autres décisionnaires ont été consultés à l'époque pour les Tunnels du Kotel, et des protocoles techniques (comme des séparations d'air ou des faux plafonds) sont parfois installés pour permettre aux Cohanim de visiter ces lieux sans crainte d'impureté (Impureté liée au morts).
En résumé
Halakhiquement, on n’est donc pas dans un cas de « ספק מקום המקדש » (doute sur l’emplacement du Temple), mais dans une zone urbaine périphérique clairement identifiée, située en contrebas et hors du Mont du temple (Har HaBayit), même lorsqu’elle longe de très près ses fondations.
La proximité physique ne crée pas d’interdit tant qu’il n’y a pas entrée effective dans une zone sanctifiée.
Le Chemin des Pèlerins est considéré par les autorités religieuses actuelles comme une "route civile" de l'époque du Second Temple. C'était le "boulevard" menant au sacré, mais ce n'était pas le sacré lui-même. Vous pouvez donc y marcher en toute tranquillité d'esprit, sur les traces mêmes de vos ancêtres.
Visite guidée organisée par le City of David National Park qui dure environ 2 heures. Elle couvre tout le trajet entre le Bassin de Siloé et la fin de la route historique au Davidson Center (et inclut l’accès au site archéologique et au musée interactif).
Durée : ~2 h
Prix indicatif : à partir d’environ 45 NIS par personne (variable)
Réservation recommandée : les places sont limitées et il est prudent de réserver à l’avance via le site du parc.
Visite autonome (sans guide)
On peut aussi faire un parcours libre du chemin des pèlerins en autonomie, sans guide, avec billet d’accès séparé (~28 NIS).
Si vous souhaitez une visite guidée en français (pas seulement l’audio général), plusieurs guides privés basés à Jérusalem peuvent organiser une visite adaptée, en incluant le chemin des pèlerins dans un programme historique plus large :
Guides francophones privés
David Mansour Guide touristique en Israel – guide francophone expérimenté à Jérusalem, souvent recommandé pour des tours historiques personnalisés.
Davids Tours – agence locale pouvant organiser des visites privées avec guide francophone.
Ces guides peuvent vous aider à combiner la visite du chemin des pèlerins avec d’autres sites historiques de Jérusalem (vieille ville, tunnels du Mur Occidental, musée archéologique, etc.).
Réservations
Pour la visite guidée officielle : Réservez directement via le site officiel du City of David (lien “Pilgrimage Road – Guided Tour”) ou appelez leur centre de réservations.
Pour un guide francophone privé, il est généralement préférable de contacter le guide directement par téléphone ou par email, pour fixer la date/heure et s’assurer d’avoir une visite en français.