Fermer

Jerry Seinfeld : sa réponse cinglante aux perturbateurs pro-palestiniens

par Rav Meïr Hazan, Lundi 19 Octobre 2026

La critique politique doit démontrer ses accusations. Jerry Seinfeld, un artiste juif n’a pas à répondre collectivement des actes d’Israël.

Jerry Seinfeld : sa réponse cinglante aux perturbateurs pro-palestiniens

Heureusement, dans le monde hollywoodien, il existe encore des Juifs qui portent leur identité avec dignité et fierté, sans demander la permission de soutenir Israël. Jerry Seinfeld rappelle que l’on peut défendre ses convictions sans céder à ceux qui voudraient faire de cet attachement un motif de honte.

À Chicago, des militants ont interrompu Jerry Seinfeld pour lui demander comment il pouvait plaisanter alors que des Palestiniens mouraient à Gaza. Cette question contient sa condamnation : soutenir Israël rendrait indécent l’exercice de son métier. L’humoriste devrait suspendre son spectacle, comparaître devant ses accusateurs et obtenir leur permission de reprendre. Voilà une conception singulière de la liberté : elle commence par retirer la parole à celui qui ne pense pas comme vous.

Les séquences rapportées par le Times of Israel montrent plusieurs interruptions, avec des accusations de racisme et de soutien au génocide. Seinfeld réplique par une caricature sarcastique de ces accusations. À un homme, il annonce qu’il enverra en Israël l’équivalent du prix de son billet, avant d’ajouter qu’il gardera l’argent. Ce n’est ni un remboursement ni un don établi. La précision compte, lorsqu’une plaisanterie nous réjouit.

L'humoriste Jerry Seinfeld sur la scène de l'Auditorium Theatre à Chicago face à des manifestants pro-palestiniens tenant des pancartes dans la salle.
L'humoriste Jerry Seinfeld sur la scène de l'Auditorium Theatre de Chicago, réagissant avec ironie à des perturbateurs pro-palestiniens venus interrompre son spectacle.

L’indignation ne dispense pas de démontrer l’accusation

Que reproche cette intervention à Seinfeld ? D’être sur scène, de faire rire et de soutenir Israël. Aucun de ces faits ne prouve qu’il approuve la mort d’enfants. Le glissement est pourtant présenté comme évident : solidarité avec Israël, donc complicité dans toutes ses actions, donc culpabilité. Avec une méthode expéditive, toute proximité devient un aveu et toute nuance une circonstance aggravante. L’accusation se soustrait ainsi à sa propre obligation de preuve.

Une contradiction mérite d’être relevée. Ces perturbateurs dénoncent une parole qu’ils jugent inacceptable tout en exigeant que leur parole s’impose à un public qui n’est pas venu les écouter. Ils disposent du droit de manifester, de publier, de contester un artiste et de boycotter son spectacle. Ils ne disposent pas d’un droit à confisquer celui des autres. Acheter une place donne accès à une représentation ; cela ne remet pas la scène à l’acheteur.

Le soutien à Israël ne crée aucune culpabilité collective

L’objection la plus solide doit être entendue : Seinfeld affiche des convictions publiques, et celles-ci peuvent être critiquées. Son identité juive ne rend pas ses opinions intouchables. Cela interdit aussi de conclure que chaque protestation contre lui serait nécessairement antisémite. Mais la critique doit porter sur une déclaration précise, une initiative identifiable, une responsabilité démontrable. Elle devient suspecte lorsqu’elle transforme une solidarité en souillure et exige une désolidarisation comme condition de respectabilité.

Le mécanisme antisémite apparaît quand un Juif est sommé de répondre des actes d’un État, quand son attachement à Israël devient la preuve suffisante d’une disposition criminelle, ou quand son refus de se renier justifie son exclusion. Ce mécanisme ne devient pas acceptable parce qu’il emprunte le vocabulaire des droits humains. La culpabilité par association reste ce qu’elle est. Ceux qui prétendent défendre l’égalité doivent commencer par reconnaître aux Juifs le droit de ne pas subir ce régime d’exception.

Jerry Seinfeld (à gauche) visite le kibboutz Beeri accompagné de personnes vivants dans ce kiboutz.
L’humoriste juif américain Jerry Seinfeld (à gauche) a visité le kibboutz Beeri le 19 décembre 2023, à la frontière de Gaza, lors d’un voyage de solidarité avec Israël en cette période de guerre.

Seinfeld s’est rendu en Israël en décembre 2023 et a rencontré des familles d’otages ainsi que des personnes libérées, comme le rappelle le Times of Israel. On peut discuter ses positions ; on ne peut honnêtement faire de cette solidarité une approbation automatique des crimes imputés à Israël. 

Mettre sur le même plan toutes les souffrances occulte une réalité fondamentale : Israël agit sous la contrainte d'une légitime défense face à une menace existentielle, en déployant des efforts éthiques et moraux sans équivalent pour épargner les civils malgré des conditions opérationnelles d'une complexité extrême. Dès lors, la tragédie subie par la population palestinienne apparaît avant tout comme le résultat direct des choix cyniques de ses propres dirigeants, qui l'utilisent sciemment comme bouclier humain. Établir une équivalence morale artificielle revient donc à effacer la responsabilité absolue des terroristes qui ont déclenché cette guerre. C'est pourquoi la véritable compassion exige de reconnaître la pureté de la lutte d'Israël pour sa survie face à un ennemi qui sacrifie son propre peuple.

Refuser l’intimidation sans applaudir la brutalité

Sa réponse sarcastique désarme la prétention des perturbateurs à distribuer les certificats de moralité. Il leur renvoie une accusation devenue tellement totalisante qu’aucune réponse raisonnable ne semble pouvoir l’écarter. Le procédé peut déplaire. La formulation peut blesser et fournir un extrait facilement détachable de son contexte. Défendre son droit à continuer le spectacle n’oblige donc pas à trouver chaque réplique heureuse. L’important reste de refuser que l’interruption dicte les conditions de sa présence.

Cette exigence vaut également pour le public. Le Times of Israel rapporte qu’un spectateur a appelé les agents de sécurité à maltraiter une manifestante. Cette réaction est condamnable. Sans chercher à humilier quiconque, il est impossible de placer sur un même pied d'égalité la ferme défense de la vérité et l'obsession sélective de ceux qui cherchent à harceler Israël et les Juifs. La gratuité et la haine de ces perturbations éclatent au grand jour lorsqu'on constate l'absence totale de ces mêmes militants lors des événements pro-Hamas ou pro-Hezbollah. Leur silence assourdissant face aux dizaines de milliers d'Iraniens massacrés par leur propre régime achève de démontrer la double morale et l'hypocrisie de leur combat. Dès lors, exiger le respect des règles et la fin du harcèlement ne relève d'aucune brutalité, mais de la stricte réponse à une hostilité ciblée et injustifiable.

Seinfeld n’a pas à demander pardon de faire rire ni à renoncer à Israël pour exercer son métier. Ses contradicteurs doivent apporter des arguments à hauteur de leurs accusations. Une cause qui exige la capitulation morale de ses interlocuteurs finit par traiter leur liberté comme un obstacle. Face à cette pression, maintenir la représentation protège davantage qu’un humoriste : cela préserve un espace où aucun militant ne décide qui conserve le droit de parler.