Radin : la yéchiva du ‘Hafets ‘Haïm rouvre après des décennies
À Radin, en Biélorussie, la yéchiva fondée par le ‘Hafets ‘Haïm retrouve sa vocation d’étude. Le bâtiment restauré a été inauguré au début d’octobre, plus de huit décennies après l’interruption de son activité sur place. Univers Torah revient sur cette réouverture, sur l’histoire de la communauté détruite pendant la Shoah et sur la transmission de l’œuvre du ‘Hafets ‘Haïm. Photographies d’archives et repères historiques accompagnent l’article.

À Radin, dans l’actuelle Biélorussie, le Beth Hamidrach de la yéchiva fondée par le ‘Hafets ‘Haïm retrouve sa vocation d’étude. Une délégation de rabbanim a inauguré le bâtiment restauré au début d’octobre 2026. Le compte rendu publié le 11 octobre, puis un reportage de JTA diffusé à la fin du mois, ont documenté ce retour dans un lieu fermé comme yéchiva pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le nom de Radin reste familier aux lecteurs du Michna Beroura et des ouvrages sur la maîtrise de la parole. Mais derrière ce nom se trouvent une petite ville, une communauté détruite et une institution dont l’histoire a été interrompue. La restauration remet ces différentes dimensions en présence, avec un projet précis : permettre à nouveau l’enseignement et l’étude de la Torah dans le bâtiment historique.
Un Beth Hamidrach restauré pour l’étude

Selon le reportage de JTA du 28 octobre, l’association Yad Yisroel a acheté le bâtiment à la municipalité en 2025. Le chantier a associé le Rav Moché Fhima, responsable de ses activités en Biélorussie, et le Rav David Hofstedter, fondateur de Dirchou. Toiture et fenêtres ont été remplacées ; l’intérieur a reçu un Aron Hakodech et un mobilier évoquant celui de l’ancienne salle d’étude.
Le reportage rapporte aussi le souvenir d’une visite du Rav Hofstedter, plusieurs années auparavant. Pendant son intervention, des habitants étaient entrés dans le bâtiment, puis repartis : ils attendaient une représentation théâtrale. L’ancienne yéchiva avait été transformée en théâtre. Cette scène, racontée par l’un des promoteurs de la restauration, mesure l’effacement de la fonction première du lieu dans la mémoire locale.
L’inauguration a réuni des rabbanim d’Israël, des États-Unis et d’Europe. Le compte rendu mentionne notamment un cours du Rav David Cohen, Roch Yéchiva de ‘Hévron, ainsi que des interventions des rabbanim Avraham Salim et Ephraïm Wachsman. L’étude et la prière ont ainsi accompagné la remise en usage du Beth Hamidrach.

Radin, le foyer d’un maître de la Halakha
Rabbi Israël Méïr Hacohen Kagan fonde sa yéchiva à Radin en 1869. L’encyclopédie du YIVO rappelle qu’il en assure ensuite le développement et la direction éducative, tout en confiant l’enseignement à de grands maîtres, dont Rabbi Moché Landinski et Rabbi Naftali Trop. La renommée de l’établissement dépasse progressivement la région et attire des étudiants de plusieurs pays.
Le récit historique conservé sur Daat décrit une étude exigeante, accompagnée de Moussar et d’une attention aux conditions de vie des élèves. Leur subsistance repose d’abord largement sur l’aide des habitants. La croissance de la yéchiva entraîne ensuite la construction de locaux plus vastes. Son rayonnement tient donc à un ensemble : les maîtres, l’assiduité des étudiants et le soutien matériel qui rend cette étude possible.
L’œuvre du ‘Hafets ‘Haïm prolonge cette influence bien au-delà de Radin. Le Michna Beroura accompagne l’étude de la Halakha ; ses écrits sur le lachon hara donnent un cadre précis aux obligations liées à la parole. C’est cet héritage d’étude et de conduite que les porteurs du projet souhaitent remettre au centre du lieu restauré.

La rupture soviétique, puis la destruction nazie
L’histoire de la fermeture demande une chronologie précise. D’après l’Encyclopédie des ghettos de Yad Vashem, Radin compte environ 900 habitants juifs et la yéchiva quelque 300 élèves au début de la guerre. Après l’occupation soviétique de septembre 1939, les locaux sont transformés en entrepôts de céréales. Les étudiants rejoignent Vilna au début de 1940. La disparition de la yéchiva sur son site précède donc l’arrivée des Allemands.
Radin tombe sous occupation allemande le 30 juin 1941. Un ghetto est établi en octobre. Le 10 mai 1942, environ un millier de ses habitants sont assassinés près de la localité, selon Yad Vashem. Des prisonniers parviennent à fuir ou à se cacher ; les derniers occupants du ghetto sont transférés à Szczuczyn en juin. La réouverture du bâtiment intervient ainsi dans une ville dont la communauté juive a été détruite.

Une transmission qui reprend sur son lieu d’origine
Le programme présenté par Dirchou associe la restauration du bâtiment à l’enseignement des ouvrages du ‘Hafets ‘Haïm. Le déplacement des rabbanim a aussi comporté des prières sur sa sépulture. La présence de maîtres issus de différents horizons donne à cette inauguration une portée qui dépasse le seul patrimoine local.
Les responsables envisagent d’accueillir des étudiants venus de l’étranger et des Juifs de Biélorussie souhaitant renouer avec l’étude. Les reportages consultés ne donnent toutefois pas d’effectif permanent ni de calendrier détaillé des cours. Le fait établi est la restauration du Beth Hamidrach et son inauguration pour un usage de Torah ; l’ampleur du fonctionnement régulier devra être suivie.
Pour les lecteurs francophones, ce retour peut aussi se prolonger par la découverte des documents conservés. Univers Torah présente notamment les images du ‘Hafets ‘Haïm au congrès de Vienne en 1923. Les archives donnent un visage et un cadre à une histoire souvent connue seulement par les livres. À Radin, la restauration ouvre désormais la possibilité de travailler ces mêmes textes dans le lieu où leur auteur enseignait.