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Répandez vos mensonges, il en restera toujours quelque chose

par Rav Meïr Hazan, Lundi 5 Octobre 2026

Répandez vos mensonges, il en restera toujours quelque chose. Le duel entre Piers Morgan et Tsahal pose la question des accusations qui persistent après la correction des données.

Répandez vos mensonges, il en restera toujours quelque chose

Une accusation peut laisser sa trace longtemps après sa diffusion initiale lorsque les données qui l’ont nourrie sont corrigées. Le duel entre Piers Morgan et Tsahal sur les journalistes tués à Gaza pose cette question : quelle confiance mérite un présentateur si sa défiance envers Israël lui évite de répondre aux éléments qui compliquent son récit ?

Journalistes tués à Gaza : ce qu’affirme le dossier de Tsahal 

Le 1er octobre 2026, Tsahal a publié un dossier consacré à 170 Gazaouis tués pendant la guerre, présentés comme journalistes ou employés des médias, auxquels elle attribue aussi des fonctions dans des organisations terroristes. Selon les précisions militaires rapportées par le Times of Israel, 118 relevaient de la branche armée du Hamas, 49 du Jihad islamique palestinien et trois d’autres groupes. L’armée affirme également que 17 ont pénétré en Israël lors de l’attaque du 7 octobre 2023.

Capture d'ecran d'un reportage d'i24news montrant le dossier de Tsahal sur 170 individus de Gaza presentes comme journalistes mais identifies comme membres d'organisations terroristes
Dossier de Tsahal sur 170 personnes recensées comme journalistes ou employés des médias, auxquelles l’armée attribue aussi des fonctions dans des organisations armées.

Ces chiffres sont des conclusions israéliennes, pas 170 verdicts indépendants. Mais leur origine ne dispense personne de les examiner. La fiche de Hassan Majdi Ibrahim Abu Warda, par exemple, lui attribue un emploi auprès de l’agence Barq Gaza et une fonction de tireur d’élite au Jihad islamique. Il faut vérifier l’identité, les pièces et la réalité du rôle allégué. Une contestation générale d’Israël ne répond à aucune de ces questions.

D’après le récit de l’échange publié par Arutz Sheva, la confrontation commence par une vidéo annonçant les révélations, dans laquelle Morgan reproche à Tsahal de présenter les journalistes palestiniens tués comme des membres du Hamas. Il réplique en invoquant l’interdiction d’un accès indépendant à Gaza. Cette chronologie interdit de prétendre qu’il avait déjà étudié toutes les pièces avant de répondre. Elle laisse entière l’obligation de les examiner ensuite.

Les mots comptent aussi. Dans l’extrait rapporté, Morgan prête à Tsahal une généralisation à tous les journalistes tués. Or une clarification officielle de juin 2024 exclut expressément d’assimiler les salariés d’un média du Hamas à sa branche armée. Une critique précise doit confronter cette politique aux pratiques documentées. Lui substituer une formule globale favorise une accusation beaucoup plus facile à retenir qu’à vérifier.

Le CPJ avait déjà corrigé ses propres données

Le fait décisif précède pourtant cette bataille. Le 24 septembre 2026, le Comité pour la protection des journalistes a annoncé le retrait de 22 personnes de sa base, la réintégration de six autres et le reclassement de douze. Sa révision avait été engagée après la publication, par le Hamas et le Jihad islamique, d’hommages présentant comme combattants certains individus auparavant recensés comme journalistes.

Cela ne signifie ni que les 22 retraits ont tous le même motif, ni que le CPJ valide les 170 accusations de Tsahal. L’organisation maintient ses critiques contre Israël. Sa méthodologie, cependant, exclut les personnes engagées dans les combats, notamment celles dont l’appartenance active à une branche militaire est établie. Elle distingue cette situation du travail pour un média lié à un groupe armé.

Cette distinction ruine une facilité du débat : vérifier une affiliation militaire ne revient pas nécessairement à reprendre la propagande israélienne. Une organisation critique d’Israël peut modifier ses données lorsqu’apparaissent des éléments nouveaux. La correction ne signe pas sa capitulation ; elle témoigne d’une méthode qui accepte encore d’être mise à l’épreuve.

Le problème éditorial apparaît lorsque le bilan initial continue de soutenir une accusation sans que sa révision soit expliquée aux lecteurs. Il peut rester dans les mémoires une certitude plus générale que les chiffres : Israël assassinerait des journalistes parce qu’ils sont journalistes. Cette intention exige des preuves propres. Elle ne découle automatiquement ni d’un nombre de morts, ni de la profession déclarée des personnes tuées.

L’accès à Gaza ne dispense pas de vérifier les pièces

L’objection de Morgan mérite néanmoins une réponse sérieuse. Le CPJ conteste devant la justice israélienne l’interdiction d’un accès indépendant à Gaza. Les visites encadrées par une armée ne permettent pas les mêmes vérifications qu’une enquête libre. Réclamer cet accès relève pleinement du travail journalistique et ne constitue pas, en soi, une manœuvre ou une preuve d’hostilité.

Mais une restriction d’accès ne rend pas inutilisables les photographies, archives, publications et témoignages disponibles. Le CPJ explique précisément avoir révisé ses dossiers malgré cette restriction. Morgan peut donc contester les conditions d’enquête tout en faisant examiner les documents israéliens. S’il transformait l’absence d’accès en raison de ne rien vérifier, il adopterait une exigence que l’organisation de défense des journalistes elle-même n’a pas retenue.

Des hommes portant des gilets PRESS au premier plan d’un cortège funéraire
Quand la carte de presse sert de couverture : des individus portant le gilet distinctif des journalistes photographiés lors des funérailles d'un terroriste éliminé à Gaza

Une autre tension apparaît dans sa tribune du 5 juin 2025. Morgan y reconnaissait les difficultés d’accès aux faits, mais estimait disposer de témoignages et d’images suffisants pour condamner la conduite israélienne. Cette position lui impose une cohérence : les sources accessibles à distance doivent pouvoir être examinées lorsqu’elles compliquent son accusation, autant que lorsqu’elles la soutiennent. Leur valeur dépend de leur solidité, pas du camp auquel elles profitent.

Quand une accusation survit à la correction

La réponse de Morgan rapportée dans cet échange ne désigne aucun document faux, aucune erreur d’identité, aucun rôle militaire réfuté. Elle exprime une défiance et réclame un accès. Cela ne démontre pas qu’il ment ; cela ne suffit pas davantage à justifier la confiance dans son appréciation du dossier. Un présentateur qui revendique le droit d’accuser doit accepter qu’on lui demande sur quelles vérifications il fonde son jugement.

Il devient difficile de croire un journaliste si son indignation tient lieu de réponse chaque fois que des éléments compliquent son récit. La démagogie commence lorsque la force d’une accusation dépend moins de sa précision que de sa capacité à satisfaire une hostilité préalable. Sur Israël, ce procédé peut offrir aux antisémites une caution commode : ils n’ont plus à démontrer leurs propres accusations, puisqu’une figure médiatique paraît les légitimer.

La Charte mondiale d’éthique des journalistes exige vérification et correction. Mais invoquer ces principes pour accuser Israël, puis les oublier lorsqu’il s’agit d’examiner sa défense, relève d’une hypocrisie manifeste. Un document ne devient pas irrecevable parce qu’il est israélien ; une accusation ne devient pas vraie parce qu’elle vise Israël. Une déontologie appliquée selon l’identité de l’accusé devient une caution du parti pris politique.

Piers Morgan : le parti pris derrière la posture journalistique

La condamnation du Hamas ne saurait servir de certificat d’impartialité à Piers Morgan. Dans sa tribune de 2025, il revendiquait une colère ancienne contre les dirigeants israéliens tout en se présentant comme étranger à tout camp. Piers Morgan Ce positionnement accusatoire engage sa crédibilité : lorsqu’un journaliste relaie les arguments des adversaires d’Israël, il doit les soumettre aux mêmes vérifications que les réponses israéliennes. Faute de cette exigence, il devient une caution médiatique pour un récit profondément partisan.

Le dossier israélien exige des distinctions rigoureuses. Le CICR le rappelle, le statut de civil protège les journalistes, et un travail médiatique ne suffit jamais à en faire des cibles militaires. Toutefois, prouver une fonction armée dans des cas précis n'invalide pas l'obligation d'analyser chaque frappe au cas par cas. Tsahal documente ses accusations de manière constante, une rigueur rare comparée à d'autres armées, que les commentateurs ont le devoir d'examiner objectivement. Il convient de souligner que ces institutions se montrent souvent très critiques envers Israël tout en faisant abstraction des horreurs commises par le Hamas.

Piers Morgan, à gauche, et Roger Waters, à droite, dans les studios de Piers Morgan Uncensored.
Piers Morgan (à gauche) avec Roger Waters, cofondateur de Pink Floyd, dans les studios de Piers Morgan Uncensored. L’hostilité virulente et persistante du musicien envers Israël a été dénoncée comme un  antisémitisme agressif

Morgan peut restaurer la confiance en répondant aux cas documentés : quelles identifications juge-t-il fausses, quelles preuves estime-t-il insuffisantes, quelles affirmations accepterait-il de corriger ? Sans cet effort, sa défiance ne mérite pas d’être reçue comme une expertise. Les lecteurs qui cherchent à comprendre ont besoin de ces réponses. Ceux qui cherchent seulement une confirmation de leur haine peuvent s’en passer. Laisser une accusation prospérer après que ses fondements ont été contestés, c’est prendre le risque de travailler pour eux.