Palestine : comment on efface trois mille ans d’histoire juive
Transformer les Juifs en étrangers sur leur propre terre exige d’abord de les déposséder de leur histoire. Autour du mot « Palestine », certains récits politiques effacent les noms, occultent les vestiges et présentent le retour comme une intrusion. Archéologie, archives et Torah : ce dossier démonte les procédés d’une confiscation du passé destinée à délégitimer Israël au présent.

Peut-on employer le nom Palestine pour faire disparaître l’histoire d’Israël ? Les inscriptions antiques, les archives internationales et les textes juifs permettent de démonter cette opération. L’enjeu est précis : certains discours politiques transforment les Juifs en étrangers sur la terre où leur peuple, leur langue et leur mémoire se sont constitués. L’examen exige de comprendre comment une désignation géographique peut devenir un instrument de délégitimation.
Le 11 octobre 2026, Elhanan ben-Avraham publiait sur All Israel News une tribune reliant le nom Palestine aux Philistins et à l’effacement romain de la Judée. Elle pose une question essentielle : comment un peuple attesté dans l’Antiquité devient-il un intrus sans passé ? La réponse suppose de distinguer un nom géographique, une population, une identité nationale et la légitimité historique.
Israël : trois mille ans d’histoire avant les conquêtes étrangères
Vers 1208 avant notre ère, la stèle du pharaon Mérenptah mentionne Israël comme un groupe humain en Canaan. Ce témoignage égyptien, indépendant du récit biblique, précède de près de deux millénaires la conquête arabe du VIIe siècle. Au IXe siècle avant notre ère, la stèle de Tel Dan évoque la maison de David, désignation dynastique liée au royaume de Juda. Le Jewish Museum, qui l’a exposée avec le concours du Musée d’Israël, documente cette attestation.

Ces inscriptions ne reconstituent pas chaque épisode biblique et ne dessinent aucune frontière contemporaine. Elles rendent néanmoins intenable l’idée d’une histoire juive inventée pour justifier un établissement récent. Les fouilles de la Cité de David et l’histoire juive révélée à Qumrân prolongent ce dossier matériel. L’histoire juive en Israël repose sur des documents que ses adversaires politiques ne peuvent annuler.
La destruction du Temple n’a pas davantage vidé définitivement le pays de ses Juifs. La synagogue de Bet Alpha, vieille d’environ quinze siècles et présentée par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, atteste une vie communautaire bien postérieure aux guerres romaines. Confondre perte de souveraineté et disparition d’un peuple falsifie donc aussi la chronologie.
Hadrien a remplacé le nom de Judée, sans inventer la Palestine
Une correction s’impose : Hérodote emploie déjà une désignation traduite par « Syrie palestinienne » au Ve siècle avant notre ère, notamment dans ses Histoires (III, 5). Hadrien n’a donc pas créé ce nom. Son usage antique ne désigne évidemment ni un État arabe musulman ni une nation palestinienne au sens contemporain.
Le remplacement du nom provincial Judaea par Syria Palaestina est généralement situé dans le contexte de la répression de la révolte de Bar Kokhba, vers 135-136, et non après la destruction du Temple en 70, comme l’écrit la tribune. Dans son étude du Journal of Roman Studies de 1999, Werner Eck précise que la date exacte du changement n’est pas explicitement conservée.

Le point décisif demeure : une administration impériale peut changer l’étiquette d’un territoire sans supprimer l’histoire de ses habitants. Déduire du mot Palestine que les Juifs seraient étrangers au pays revient à transformer une nomenclature en acte d’expropriation.
Subordonner l'enracinement d'un peuple au maintien ininterrompu de sa souveraineté politique est une erreur logique et historique majeure. Une telle vision offrirait une validation morale et juridique à la violence impériale : la conquête suffirait à effacer l'histoire des vaincus, et l'exil forcé serait transformé en abandon volontaire.
L'expérience juive invalide radicalement ce principe. La continuité du lien entre le peuple juif et la terre d'Israël, maintenue sans rupture à travers deux millénaires de dispersion, démontre que l'appartenance nationale ne dépend pas de la possession continue de l'État. Ce lien plurimillénaire prouve que la légitimité historique d'un peuple sur sa terre résiste aux destructions politiques et surpasse la seule loi du plus fort.
Les origines palestiniennes ne justifient aucun effacement juif
La proximité des noms Palestiniens et Philistins ne démontre aucune filiation nationale continue. Inversement, présenter tous les Arabes palestiniens comme des voyageurs récemment arrivés des pays voisins serait historiquement indéfendable. Dans The Byzantine-Islamic Transition in Palestine, publié à Oxford en 2014, l’archéologue israélien Gideon Avni décrit une transformation graduelle des sociétés locales : continuités d’habitat, apports de populations et islamisation progressive.
Ces résultats interdisent de confondre conquête, changement de langue, conversion religieuse et remplacement intégral des habitants. Ils ne fournissent pas davantage la généalogie de chaque famille actuelle. La critique doit donc viser un mécanisme idéologique précis : faire de l’affirmation nationale palestinienne une négation de l’existence historique juive. Reconnaître des attaches locales arabes n’oblige aucunement à accepter cette négation.
La négation des liens juifs figure dans un texte politique explicite
L’article 20 de la Charte nationale palestinienne de 1968 ne se contentait pas de contester une frontière : il présentait les revendications de liens historiques ou religieux entre les Juifs et la Palestine comme incompatibles avec les faits historiques. Il réduisait aussi le judaïsme à une religion et refusait aux Juifs la qualité de nation. Le procédé est transparent : supprimer le peuple du récit permet de présenter son retour comme une intrusion.

Il faut situer ce document : dans sa lettre à Yitzhak Rabin du 9 septembre 1993, Yasser Arafat reconnaissait le droit d’Israël à vivre en paix et en sécurité et déclarait inopérantes les dispositions de la Charte incompatibles avec cet engagement. Citer 1968 comme si rien n’avait suivi serait trompeur. Le texte demeure cependant une preuve documentaire de cette entreprise de délégitimation historique.
À l’UNESCO, le choix des noms peut mutiler la transmission
Prétendre que les institutions internationales auraient unanimement décidé que cette terre n’a jamais été juive serait faux. Le Mandat de 1922 reconnaît expressément le lien historique du peuple juif avec la Palestine et les raisons d’y reconstituer son foyer national. En 1947, la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies recommande un État juif et un État arabe.
Les formulations de l’UNESCO appellent une critique plus précise. La décision 200 EX/25, adoptée en octobre 2016, reconnaît l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem pour les trois religions monothéistes. Pourtant, ses développements sur le sanctuaire utilisent Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif sans nommer le Mont du Temple. Cette dissymétrie contribue, selon notre analyse, à rendre secondaire l’histoire juive du lieu.
Le 14 octobre, Irina Bokova, directrice générale, rappelait qu’occulter une tradition juive, chrétienne ou musulmane menaçait l’intégrité du patrimoine. Dès juin 2016, une réponse gouvernementale au Journal officiel français regrettait les formulations d’une résolution soutenue par la France. Cette concession révèle le danger : accepter un vocabulaire diplomatique, puis devoir réaffirmer l’histoire qu’il obscurcit. Un vote ne constitue pas une expertise archéologique.
Rachi et la Torah : transmettre une terre sans falsifier son histoire
Au début de son commentaire sur la paracha Bérechit (1, 1), Rachi rapporte l’objection des nations :
לסטים אתם,
vous êtes des voleurs.
Pourquoi la Torah commence-t-elle par la Création ? Sa réponse rapporte la terre à D-ieu, qui la crée et la donne selon Sa volonté. Rachi formule une légitimité théologique ; il ne livre ni une datation archéologique ni un traité de frontières modernes.
Rachi ne prétend donc pas que personne n’aurait vécu là avant Israël : il évoque les sept nations. Nous pouvons approfondir ainsi son raisonnement : la possession politique n’épuise pas la signification d’une terre. La reconnaissance du Créateur empêche de faire du dernier conquérant l’autorité suprême capable d’abolir tout héritage antérieur. Cette déduction éclaire notre question sans constituer une preuve historique.
La paracha ‘Hayé Sara détaille aussi l’achat du champ et de la sépulture par Avraham auprès d’Éfron, devant témoins, dans Béréchit (23, 16-20). Promesse et acquisition y possèdent chacune leur place. Nous pouvons en tirer une exigence : l’héritage se transmet avec la précision des lieux, des actes et des responsabilités.
L’objection demeure : l’ancienneté règle-t-elle seule les droits politiques actuels ? Elle ne suffit pas. Mais aucun règlement sérieux ne peut exiger des Juifs qu’ils consentent à leur propre effacement. Une identité palestinienne peut s’affirmer sans confisquer trois millénaires d’histoire juive. Là où cette confiscation devient une condition préalable, la falsification prépare une exclusion qu’il faut nommer et combattre sur le terrain des faits.