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Guerre de Kippour : Une ‘Houppa sous les obus sur le Golan

par Rav Aharon Bieler, Mardi 6 Octobre 2026

Pendant la guerre de Kippour, un soldat et sa fiancée décidèrent de se marier sur un avant-poste du Golan. Les obus sifflaient encore lorsque le rabbin prononça les bénédictions.

Guerre de Kippour : Une ‘Houppa sous les obus sur le Golan
La Kala avant la 'Houppa, entourée de soldat sur le Golan. Capture d’écran Kan 11

Les images ont quelque chose d’irréel. Sur une position militaire du plateau du Golan, quelques soldats entourent un jeune couple venu célébrer son mariage. Il n’y a ni salle de réception, ni décoration raffinée, ni longue liste d’invités. Les combattants portent encore leur uniforme et, à quelques kilomètres de là, l’artillerie continue de frapper.

Un rabbin militaire se tient devant les époux et prononce les bénédictions traditionnelles. Les hommes répondent amen, tandis que le sifflement des obus traverse la bande sonore. La cérémonie n’est pas une reconstitution réalisée après la guerre : elle se déroule réellement sur l’un des avant-postes israéliens faisant face à la Syrie, pendant la guerre de Kippour.

Quand la prière de Kippour se vida brusquement

Le 6 octobre 1973, le Rav Israël Ariel était rabbin militaire auprès du commandement Nord. Avant le début des combats, il pensait que sa principale mission consisterait à organiser les offices de Yom Kippour dans les positions isolées du Golan. Des élèves de Yéchivot avaient été envoyés dans plusieurs unités afin de compléter les Minyanim, les assemblées de dix hommes nécessaires à certaines parties de la prière publique.

Le Rav Ariel se trouvait avec les soldats de la 7e brigade blindée et dirigeait l’office de Moussaf. Au moment de la Kédoucha, le passage solennel au cours duquel l’assemblée proclame la sainteté divine, plusieurs combattants quittèrent soudainement la prière. Le rabbin, surpris de voir les rangs se vider à un moment aussi important, sortit à leur suite et demanda une explication au commandant Avigdor Kahalani.

Kahalani lui montra l’heure : il était presque quatorze heures. Les officiers avaient reçu des informations annonçant une attaque syrienne imminente. Les soldats devaient immédiatement rejoindre leurs chars et gagner leurs positions de combat. Quelques instants plus tard, le silence de Kippour fut englouti dans le fracas des tirs et des explosions. La guerre de Kippour venait de commencer.

Le rôle du rabbin militaire changea alors brutalement. Il ne s’agissait plus seulement d’organiser des prières ou de répondre aux questions religieuses des soldats, mais d’accompagner les blessés, de rechercher les disparus, d’identifier les morts et de permettre leur inhumation. Malgré tout, le Rav Israël Ariel racontera cinquante ans plus tard que les rabbins militaires ne s’occupaient pas uniquement des morts : ils devaient aussi prendre soin de la vie. C’est ainsi qu’en pleine guerre, il fut appelé à célébrer plusieurs mariages.

Houppa sur le champs de bataille soutenue par des fusils
Houppa sur le champs de bataille soutenue par des fusils. Capture d’écran Kan 11

Une ‘houppa sur une position avancée

En septembre 2023, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la guerre, la chaîne publique israélienne Kan 11 diffusa un document d’archives exceptionnel. La séquence était consacrée aux artistes venus soutenir le moral des combattants, mais elle comportait également les images saisissantes d’un mariage célébré sur le plateau du Golan sous le sifflement des obus.

Le marié était mobilisé et se trouvait sur l’une des positions avancées de Tsahal. Il ne pouvait pas quitter son unité pour organiser une cérémonie à l’arrière. Le mariage ne fut pourtant pas annulé : ce fut la cérémonie qui se déplaça jusqu’au front. La jeune femme rejoignit son fiancé sur le Golan, quelques soldats constituèrent l’assemblée et une ‘houppa fut installée avec les moyens disponibles.

Le mot ‘houppa désigne le dais nuptial sous lequel les époux reçoivent les bénédictions du mariage. Par extension, il désigne également la cérémonie elle-même. Dans le cas de ce couple, la fragilité de ce dais contrastait avec la violence du paysage militaire environnant. Les armes, les véhicules blindés et les uniformes restaient visibles autour des mariés, tandis que l’artillerie syrienne continuait de se faire entendre.

Le rabbin apparaissant sur ces images ne fut pas immédiatement identifié lors de leur diffusion. Peu après, l’hebdomadaire Besheva reconnut le Rav Israël Ariel et recueillit son témoignage, repris dans un entretien publié par Arutz 7. Il confirma avoir célébré ce mariage sur un avant-poste faisant face à la Syrie. Il se souvenait de l’audace du couple, qui avait choisi de s’unir alors que les combats se poursuivaient à proximité.

Les images montrent les soldats entourant les époux et partageant avec eux quelques instants de joie. On prononce les bénédictions, on lève les verres et l’on danse brièvement. Pourtant, personne ne peut oublier que les chars attendent et que chaque combattant peut être rappelé à son poste d’un instant à l’autre. La guerre n’est pas reléguée à l’arrière-plan : elle accompagne toute la cérémonie.

Le marié qui ne revint pas

Dans son témoignage, le Rav Israël Ariel précisa que les époux filmés avaient survécu à la guerre. Mais il évoqua également un autre mariage qu’il avait célébré durant la même période. Ce second récit est beaucoup plus douloureux.

Un combattant avait lui aussi décidé de se marier avant de repartir vers son unité. Le rabbin avait célébré la ‘houppa, puis le jeune marié avait dansé quelques instants avec ses camarades. Il était ensuite retourné au combat et n’était jamais revenu. Le Rav Ariel ne donna pas son nom et ne précisa pas les circonstances de sa mort. Son souvenir tient dans une phrase très simple : il s’était marié, avait dansé un peu, puis était tombé pendant la guerre.

Ce témoignage empêche de transformer la ‘houppa du Golan en une anecdote pittoresque. La menace n’était ni symbolique ni lointaine. Certains des hommes réunis autour des mariés savaient qu’ils pouvaient être tués quelques heures plus tard. Chaque bénédiction, chaque chant et chaque tour de danse étaient accomplis dans la conscience aiguë de cette fragilité.

Le Hatan et la Kala au moment des bénédictions
Le Hatan et la Kala au moment des bénédictions. Capture d’écran Kan 11

Fonder un foyer au milieu de la guerre

Pourquoi ne pas avoir simplement reporté le mariage ? La décision aurait été compréhensible. Les conditions matérielles étaient presque inexistantes, les familles ne pouvaient pas se réunir et personne ne savait comment évoluerait la situation militaire. Pourtant, les époux ne voulaient pas que la guerre décide à leur place du moment où commencerait leur vie commune.

Leur mariage ne constituait pas une négation du danger. Il affirmait au contraire ce que les soldats étaient venus défendre : la possibilité de vivre, de construire un foyer et de transmettre la vie. Dans la tradition juive, le mariage ne représente pas seulement l’union de deux individus. Il marque l’édification d’un nouveau Bayit, un foyer appelé à devenir un lieu de fidélité, de transmission et de présence divine.

Les bénédictions récitées sous la ‘houppa associent d’ailleurs la joie privée des mariés à celle de tout le peuple juif. Elles évoquent Jérusalem et le jour où l’on entendra de nouveau dans les villes de Judée « la voix de l’allégresse et la voix de la joie, la voix du fiancé et la voix de la fiancée ». Les différentes étapes de cette cérémonie sont présentées dans le guide d’Univers Torah consacré au mariage, du chiddoukh à la ‘houppa.

Le verre brisé à la fin de la cérémonie rappelle cependant que la joie juive demeure incomplète tant que Jérusalem n’est pas pleinement reconstruite. Sur le Golan de 1973, ce geste prenait une dimension supplémentaire. La joie et la douleur ne se succédaient plus : elles coexistaient sous le même dais, au milieu d’un pays en guerre.

Cette volonté de préserver une vie juive jusque sur le champ de bataille apparaît dans plusieurs récits de la même période. Quelques jours après Kippour, des combattants construisirent ainsi une Soucca au milieu des chars. À Sim’hat Torah, le père du Rav Israël Ariel continua de danser alors que ses quatre fils se trouvaient au front, épisode raconté dans « Le père dansait et ses fils combattaient ».

Les noms du couple apparaissant dans le film n’ont pas été publiés dans les sources actuellement accessibles. Leur histoire nous est principalement connue par les images conservées et diffusées par Kan 11, ainsi que par le témoignage du Rav Israël Ariel recueilli par Besheva et publié sur Arutz 7. Ces documents ne montrent pas des hommes inconscients du danger, mais des combattants et des époux qui le connaissaient parfaitement.

Pendant quelques minutes, sur une position militaire exposée aux tirs syriens, un jeune homme et une jeune femme refusèrent de se contenter de survivre. Tandis que les obus passaient au-dessus d’eux, ils choisirent de commencer à construire.