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Guerre de Kippour 1973 : comment Israël a vaincu malgré la surprise

par Rav Meïr Hazan, Mardi 6 Octobre 2026

Le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie prennent Israël par surprise. Le pays résiste, reprend l’initiative et évite la défaite, au prix de milliers de morts. Au-delà des armes, ce redressement pose une question : quelle force pousse des Juifs, religieux ou laïques, à risquer leur vie pour assurer celle de leur peuple ?

Guerre de Kippour 1973 : comment Israël a vaincu malgré la surprise
Généré par l'intelligence artificielle

Le 6 octobre 1973, à quatorze heures, l’Égypte attaque dans le Sinaï et la Syrie sur le Golan. Cinquante-trois ans plus tard, le souvenir demeure celui d’un pays brutalement arraché au recueillement, puis capable de retourner une situation désastreuse. Comment comprendre ce redressement sans effacer les morts, les erreurs et les moyens militaires qui l’ont rendu possible ? La question du miracle commence précisément là : dans cette capacité à tenir lorsque les certitudes s’effondrent.

1973 : comment Israël a repoussé les offensives égyptienne et syrienne

La surprise fut stratégique, mais elle ne signifiait pas l’absence d’avertissements. Les dirigeants disposaient de signaux qu’ils avaient insuffisamment interprétés. Les archives de la commission Agranat documentent cette défaillance. L’adversaire avait, lui, préparé son offensive : les forces égyptiennes franchissent le canal de Suez ; les Syriens engagent leur assaut au nord. L’équipement soviétique, notamment les missiles antichars et antiaériens, rend dangereusement insuffisantes certaines méthodes israéliennes éprouvées en 1967, comme le rappelle l’historique de Tsahal.

Collage de six photographies d’archives en noir et blanc de la guerre du Kippour de 1973 : soldats et avion de chasse israéliens, portrait de Sadate brandi par des Égyptiens, char d’assaut, officier israélien étudiant une carte, drapeau égyptien et hélicoptère militaire.

Guerre du Kippour (6-25 octobre 1973) : conflit israélo-arabe déclenché par l’attaque surprise de l’Égypte et de la Syrie contre Israël le jour du Yom Kippour. Ce collage d’images d’époque illustre les combats dans le Sinaï et le Golan, les forces aériennes israéliennes, le leadership de Sadate et les opérations terrestres et aéroportées des deux camps.

La résistance des premières unités, l’arrivée des réservistes et la réorganisation du commandement permettent de reprendre l’initiative. Le succès n’est ni immédiat ni linéaire : la contre-attaque du 8 octobre échoue sur le front égyptien. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, les Israéliens franchissent le canal. Au nord, ils ont repoussé l’offensive et avancé vers Damas. Une armée surprise a retrouvé sa capacité de manœuvre, au prix de pertes terribles.

Il faut aussi reconnaître le rôle américain. Le pont aérien Nickel Grass commence à livrer du matériel le 14 octobre, selon l’US Air Force. L’entraînement, la logistique, les alliances et les décisions opérationnelles expliquent le retournement. Plus de 2 600 militaires israéliens meurent. Parler de miracle ne saurait transformer leur sacrifice en récit d’invulnérabilité : Israël a survécu à une catastrophe dont les familles portent encore la douleur.

Ce constat permet de mieux situer l’extraordinaire. La défaillance du sommet n’a pas entraîné la dissolution de toute la société. L’État disposait encore d’institutions, de compétences et d’hommes capables d’agir. Dans cette lecture, le redressement révèle une ressource collective que l’assurance excessive des dirigeants avait précisément empêché d’apprécier à sa juste valeur.

De la guerre à la paix : le choix de l’Égypte et d’autres États arabes

La victoire militaire israélienne n’annule pas le résultat politique obtenu par Sadate. L’Égypte a brisé l’immobilisme diplomatique et retrouvé une capacité de négociation. Les archives du Monde documentent les propositions antérieures à la guerre et les désaccords entre Sadate et Golda Meïr sur les conditions d’un retrait israélien. 

Les refus arabes de reconnaître Israël ont longtemps constitué un obstacle majeur à la paix.
En 1967, le sommet de Khartoum proclame trois refus : paix, reconnaissance et négociation avec Israël.
Face à cette hostilité, les exigences israéliennes de sécurité ne peuvent être assimilées à un refus de coexistence.
Un retrait territorial exigeait des garanties crédibles contre une nouvelle attaque.
Le traité avec l’Égypte en 1979 a montré qu’Israël pouvait restituer le Sinaï en échange d’une paix reconnue.

Réunion de l'état major égyptien avec le président Sadate au centre en 1973.
Réunion de l’état-major égyptien, sous la houlette du président Anouar El-Sadate, le 6 octobre 1973

Le plus décisif fut le traité israélo-égyptien de 1979, qui prévoyait le retrait israélien du Sinaï et la normalisation. La Jordanie signe à son tour en 1994 ; les accords d’Abraham ouvrent d’autres relations en 2020. Une partie du monde arabe a donc compris qu’Israël pouvait devenir un partenaire. La question féconde est de savoir pourquoi cette compréhension ne s’est pas davantage étendue.

Civils et prisonniers : les obligations morales de l’armée israélienne

Défendre le peuple juif ne demande pas de lui attribuer une innocence historique absolue. Le massacre de Kafr Qasim, en 1956, interdit d’affirmer qu’aucun massacre d’Arabes n’a été commis par des forces israéliennes. En 2021, le président Isaac Herzog a demandé pardon au nom de l’État. Cette reconnaissance engage une responsabilité ; elle ne suffit pas, à elle seule, à garantir la conduite de chaque soldat.

Le code éthique de Tsahal interdit de porter atteinte aux prisonniers et aux civils non impliqués dans les combats. Il s’agit d’une obligation, dont il faut vérifier l’application. La tradition juive donne ici une exigence plus forte qu’une proclamation nationale : la dignité humaine demeure contraignante lorsque l’adversaire est désarmé. Une faute ne devient pas acceptable parce que son auteur appartient à notre peuple.

Cette exigence donne sa profondeur à la victoire recherchée. Si survivre conduisait à transmettre uniquement la haine, une part essentielle de l’héritage serait perdue. La défense doit permettre aux enfants de vivre et de construire ; elle doit aussi préserver la possibilité de reconnaître un interlocuteur chez l’ancien ennemi lorsque celui-ci accepte réellement la coexistence.

Face à l’Iran : les succès militaires d’Israël et les limites de la victoire

Avion de chasse F-15 de l’armée de l’air israélienne en vol au-dessus de Téhéran, Iran, avec cocardes à l’étoile de David, vue aérienne de la ville et des montagnes en arrière-plan.

F-15 de l’armée de l’air israélienne photographié au-dessus de Téhéran. Image générée par intelligence artificielle à des fins éditoriales.

Les opérations contre l’Iran montrent ce qu’un petit pays peut accomplir grâce au renseignement, à la technologie et à la préparation militaire. Les frappes israélo-américaines de février 2026 ont ouvert une nouvelle phase, documentée par la bibliothèque de la Chambre des communes britannique. Mais ces moyens dépendent aussi d’une volonté collective : accepter les risques et les sacrifices nécessaires pour protéger les siens.

La force d’Israël se mesure également à sa capacité à poursuivre cet effort lorsque les menaces se déplacent ou se reconstituent. Chaque succès ne met pas fin au conflit. Il faut défendre à nouveau, corriger les erreurs et préparer la suite. Cette persévérance mérite d’être reconnue, même sans parler de victoire définitive.

Prisonniers égyptiens escortés par des soldats israéliens à gauche ; prisonniers israéliens de retour en Israël à droite, après la guerre de Kippour.
À gauche, des prisonniers de guerre égyptiens aux mains de l’armée israélienne. À droite, des prisonniers israéliens débarquent en Israël le 15 novembre 1973, après un échange de prisonniers de guerre.

Dans une lecture juive, ce dévouement peut exprimer une transmission profonde : se sentir responsable de la vie du peuple et de son avenir. Un soldat peut être éloigné de la religion tout en portant cette responsabilité. C’est aussi dans cet attachement que réside la force d’Israël.

Rambam et Baal HaTanya : la force de l’héritage juif chez les soldats laïques

Reste ce que l’inventaire des armes ne mesure pas : pourquoi un homme accepte-t-il de risquer sa vie pour d’autres ? Le Rambam, dans les Lois des rois et de leurs guerres (7, 15), décrit le combattant comme responsable du sort de tout Israël. Son courage dépasse sa personne. Cette responsabilité collective offre une lecture juive du sacrifice, sans autoriser à attribuer automatiquement une intention religieuse à chaque soldat.

Le Baal HaTanya approfondit cette possibilité dans le Tanya (chapitre 18). Il décrit une Ahava mesoutéret, un amour caché, hérité des patriarches, qui peut subsister chez un Juif éloigné de la pratique. Son exemple est le refus de renier Dieu sous la persécution. L’appliquer au dévouement militaire contemporain constitue une interprétation : le texte ne parle pas de Tsahal. Mais il permet de penser un attachement plus profond que la conscience explicite.

Un soldat peut ainsi se dire laïque et éprouver que la vie de son peuple l’oblige. La transmission passe aussi par une famille, une mémoire, une langue et la conviction que les générations précédentes n’ont pas traversé l’histoire pour que la suivante abandonne les siens. Rien de cela ne remplace les armes ni ne garantit la victoire. Cela contribue à expliquer pourquoi certains continuent de combattre lorsque leur sécurité personnelle commanderait de fuir.

À Kippour, reconnaître le miracle peut signifier discerner la providence dans ce redressement humain, sans prétendre en apporter une preuve historique. La paracha ‘Ékev avertit contre l’illusion de tout devoir à sa propre puissance, Dévarim (8, 17-18). Cette reconnaissance oblige à préparer la défense, à protéger la vie et à rechercher une paix possible. L’étincelle reçue devient alors transmission : donner à ceux qui viennent après nous la possibilité de vivre.