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Eli Cohen : son judaïsme jusqu’au sacrifice pour Israël

par Rav Meïr Hazan, Lundi 12 Octobre 2026

La montre et les archives d’Eli Cohen sont revenues. Son corps manque toujours. Un hommage personnel au père, au Juif et au héros qui a donné sa vie pour protéger Israël.

Eli Cohen : son judaïsme jusqu’au sacrifice pour Israël

En pleine mission à Damas, Eli Cohen cherchait à manger de la Matsa à Pessa’h sans révéler qu’il était juif, racontait Nadia. Ce geste discret éclaire sa fidélité au judaïsme. Plus de soixante et un ans après son exécution, le 18 mai 1965, de nouveaux témoignages ravivent l’attachement à ce héros toujours privé de sépulture en Israël.

Dans un entretien donné à Aroutz 7 en 2012, Nadia rapportait le récit de deux personnes venues de Syrie : Eli repérait des Juifs au marché, puis demandait à goûter ce pain particulier qu’ils mangeaient pendant leur fête. Il feignait d’en ignorer la signification pour préserver sa couverture. Ce souvenir m’émeut. Au milieu d’une existence construite pour dissimuler son identité, il trouvait encore le moyen de renouer avec un geste de son peuple.

Quatre scènes de rue anciennes en noir et blanc montrant des passants, des vitrines de magasins et des enseignes en hébreu.
Montage photographique en noir et blanc évoquant les promenades dans les rues commerçantes de tel Aviv pour sa formation au Mossad à ses débuts.

Eli Cohen : loin de ses enfants, mais jamais éloigné de sa foi juive

Nadia précisait dans Si’hat Hachavoua qu’Eli embrassait la Mézouza en entrant et en sortant, respectait le Chabbat et portait une profonde affection à la tradition juive. La Matsa de Damas prend alors tout son sens. À mes yeux, ce geste témoigne d’un lien qu’il voulait maintenir, jusque dans la clandestinité, avec l’histoire et les obligations reçues des siens. Il devait changer de nom, de milieu, de personnage ; cet héritage continuait à lui appartenir.

La notice du ministère israélien de la Défense conserve un souvenir qui m’émeut. Pendant son séjour en Argentine, Nadia lui écrivait que leur fille Sophie rampait, faisait ses dents et commençait à dire maman et papa. Il préparait sa couverture pendant que son enfant apprenait à prononcer son nom de père. La mission prenait déjà sur leur bonheur des instants qu’aucun succès ne pourrait restituer.

Portrait de famille ancien en noir et blanc attribué à Eli Cohen, avec son épouse Nadia et plusieurs enfants réunis dans un intérieur familial.
Photographie familiale historique attribuée à Eli Cohen, célèbre agent israélien du Mossad exécuté à Damas en 1965.

À Bat Yam, Nadia le voyait étudier des cartes. Il répondait à ses questions en invoquant sa curiosité. Ce détail rend sensible la solitude du secret : être revenu à la maison, auprès de ceux qu’on aime, et devoir encore garder pour soi une partie essentielle de son existence. Je pense à la confiance nécessaire pour vivre ainsi, mais aussi à tout ce que cette confiance coûtait à son épouse.

Aujourd’hui, les révélations relayées par plusieurs médias nous ramènent à la violence de sa fin. Said Jawish, ancien officier du renseignement électromagnétique syrien impliqué dans sa traque, évoque la réunion secrète précédant l’exécution, sa sépulture et sa montre. Ces souvenirs tardifs doivent être examinés avec précision, car ils touchent une famille qui attend toujours son retour.

Ses geôliers avaient prévu qu’Israël chercherait son corps

Gros plan sur la montre-bracelet d’Eli Cohen présentée entre deux mains, dont une gantée, avec des documents historiques en arrière-plan.
La montre d’Eli Cohen, récupérée par le Mossad en 2018. Selon le témoignage de Saïd Jawish, ancien officier syrien du renseignement, l’interrogateur Abdel Qader Abdel Jalil se serait approprié la montre après l’arrestation de l’espion israélien. Image : capture d’écran attribuée à Al Majalla.

Dans son entretien avec Al Majalla, Jawish affirme que six hommes se réunirent la veille de l’exécution pour décider où ensevelir Cohen. Ils anticipaient les recherches israéliennes. Adnan Tayyara aurait proposé l’entrée d’une caserne déjà gardée, afin de surveiller la tombe sans dispositif supplémentaire. Jawish reconnaît cependant ignorer quelle caserne fut choisie. Il suppose que le corps y demeure. Je ne peux pas le confirmer.

Ce récit me heurte par son calcul : même la sépulture aurait été pensée en fonction de la volonté d’Israël de retrouver l’un des siens. L’exécution allait enlever un homme à sa famille ; le secret entourant son corps devait prolonger cette séparation. À travers cette réunion présumée, on mesure combien le retour d’un mort peut encore inquiéter ceux qui l’ont condamné.

Deux hommes en interview l'un avec des lunettes noirs et l'autre posant des questions.
Un ancien officier du renseignement militaire syrien, ayant participé à l'interception des transmissions de l'espion israélien Eli Cohen à Damas en 1965, affirme que Cohen a été enterré près d'une base militaire lourdement gardée et que sa dépouille s'y trouve toujours.

Jawish raconte aussi avoir rencontré, des années plus tard aux Émirats, l’interrogateur Abdul Qader Abdul Jalil, qui portait la montre de Cohen et se vantait de l’avoir prise. Cette scène repose sur son témoignage. Le retour de la montre en Israël, annoncé en juillet 2018 et rapporté par l’AFP et le Times of Israël, est établi. Je trouve bouleversant qu’un objet porté contre sa peau ait pu rentrer avant lui.

Sa dernière lettre voulait préserver la vie des siens

À l’approche de sa mort, Eli demande à Nadia de prendre soin d’elle, d’éduquer leurs enfants et de maintenir l’unité familiale. Il lui donne toute liberté de se remarier afin qu’ils puissent avoir un père. Chaque fois que je relis cette demande, je suis saisi par sa tendresse : un homme condamné envisage déjà la place qu’un autre pourrait occuper, parce que ses enfants auront encore besoin d’être accompagnés.

La lettre demande aussi que l’on prie pour l’âme de son père défunt et pour la sienne. Dans ces dernières lignes, les générations restent liées. Il pense à ceux qui l’ont précédé, à ceux qui continueront après lui, à ce que les vivants pourront encore faire pour les morts. Cette conscience juive de la transmission survit à la destruction imminente de sa propre vie.

Nadia Cohen, veuve de l’espion israélien Eli Cohen, assise entre le directeur du Mossad Dadi Barnea, à gauche, et le Premier ministre Binyamin Netanyahou, à droite, lors d’une rencontre officielle en mai 2025.
Le 18 mai 2025, Nadia Cohen, veuve d’Eli Cohen, entourée du directeur du Mossad Dadi Barnea (à gauche) et du Premier ministre Binyamin Netanyahou (à droite), lors de la présentation d’archives syriennes retrouvées concernant son mari, comprenant quelque 2 500 documents, photographies et objets personnels.

Avant la pendaison, le Rav Nissim Andabo, rabbin de Damas, prie avec lui. La notice officielle rapporte le souvenir d’un homme brisé mais résolu, demandant que sa famille sache qu’il était resté fidèle à son peuple et à son pays. Reconnaître sa détresse me le rend plus proche. Son courage conserve toute sa grandeur lorsqu’on comprend combien il devait lui être douloureux de quitter les siens.

Les archives retrouvées racontent aussi le combat de Nadia

En mai 2025, Israël annonce la récupération d’environ 2 500 documents, photographies et objets personnels. Le communiqué officiel traduit par Tribune Juive mentionne l’original de sa dernière lettre et un épais dossier orange intitulé Nadia Cohen. Les services syriens avaient conservé les démarches par lesquelles elle avait tenté de sauver son mari, jusqu’à ses lettres aux dirigeants étrangers.

Document manuscrit en arabe provenant de la dernière lettre d’Eli Cohen à son épouse Nadia, écrite avant son exécution à Damas en mai 1965.
La dernière lettre d’Eli Cohen à son épouse Nadia, rédigée en arabe avant son exécution à Damas le 18 mai 1965. Il y adresse ses ultimes recommandations à sa famille. Ce document figure parmi les quelque 2 500 pièces d’archives syriennes récupérées par le Mossad et ramenées en Israël en 2025. Photo : archives du Mossad.

Ce dossier révèle une autre fidélité : celle d’une épouse dont les appels avaient traversé les frontières sans réussir à empêcher l’exécution. Aujourd’hui, ses démarches figurent parmi les traces revenues en Israël. Elles permettent de comprendre que l’histoire d’Eli engage aussi la vie de ceux qui l’ont attendu, aimé et défendu, puis ont dû porter son absence.

La Torah honore ceux qui donnent leur vie pour les autres

Le Rambam écrit que le combattant porte une responsabilité envers les vies d’Israël, dans les Hilkhot Melakhim (7, 15). Cette exigence éclaire le sens que je donne à la mission d’Eli Cohen. Dans Bava Batra (10b), les Sages du Talmud accordent une place incomparable aux martyrs de Lod ; Rachi explique qu’ils avaient accepté la mort pour sauver les Juifs menacés. Leur enseignement aide à mesurer la valeur d’une vie engagée pour protéger d’autres vies.

Nous avons rencontré cette responsabilité dans le parcours d’Uri Bar-Lev, lorsque le sort de passagers dépendait d’une décision immédiate face au danger, sans garantie de les sauver.

Eli Cohen m’apparaît ainsi comme un Juif dont l’héritage reçu est devenu une responsabilité assumée, jusqu’au prix de sa vie. Son peuple devait pouvoir vivre en sécurité chez lui, en Erets Israël. Cette exigence rend son souvenir si proche : elle concerne encore nos enfants et l’avenir que nous leur préparons. Honorer Eli demande de transmettre cette fidélité et de poursuivre les efforts pour son retour, afin que sa famille puisse enfin se recueillir auprès de lui sur la terre d’Israël qu’il a servie et tant aimée.