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Haine des Juifs : la gauche et l’Europe doivent arrêter les excuses

par Rav Meïr Hazan, Mardi 6 Octobre 2026

Son mari et son fils ont été assassinés le 7 octobre. Aux Pays-Bas, Sabin Ta’asa raconte avoir entendu réclamer « un autre Hitler » pour exterminer les Juifs. Pourquoi cette haine résiste-t-elle aux faits ? Que vaut l’humanisme revendiqué par la gauche si la défense des victimes juives dépend de calculs politiques ? L’Europe doit répondre par une protection réelle et des sanctions.

Haine des Juifs : la gauche et l’Europe doivent arrêter les excuses

Sabine Ta’asa porte déjà le deuil de son mari et de son fils. Elle doit désormais affronter une haine qui lui refuse jusqu’au droit de raconter leur assassinat. Que demande-t-on encore à cette mère : de justifier sa douleur, de taire ses morts, de supporter les appels à l’extermination ? Son témoignage oblige ceux qui se réclament de l’humanisme à répondre de leur indifférence et les gouvernements européens à protéger les Juifs autrement que par des déclarations.

Une veuve du 7 octobre huée et visée par un appel à Hitler

Le 1er octobre 2026, à Delft, aux Pays-Bas, Sabine Ta’asa interrompt une projection du documentaire NAZA. Son mari Gil et son fils Or ont été tués dans les massacres du 7 octobre. D’après la chaîne israélienne 13, elle monte sur scène pour interpeller le public ; plusieurs spectateurs la huent et lui signifient qu’ils ne veulent pas l’entendre. L’homme qui l’accompagne, Avichai Shorshan, de l’organisation Ad Kan, tente parallèlement de projeter des images des atrocités.

Le lendemain, dans un entretien diffusé par Keshet 12 et publié par Mako, elle rapporte qu’une personne lui a demandé de retourner aux fours de la Shoah, ajoutant qu’il faudrait un autre Hitler pour vous exterminer. Il s’agit de son témoignage, et non d’une parole dont nous disposons ici d’un enregistrement indépendant. L’identité de son auteur et ses affiliations politiques restent inconnues. Je ne peux pas les confirmer.

Portrait de Gil Taasa et de son fils Korayn Taasa, assassinés lors du massacre du 7 octobre par le Hamas, survenu dans le sud d'Israël.
Or Ta’asa (à gauche), 17 ans, et son père Gil (à droite), 46 ans, assassinés par le Hamas le 7 octobre 2023, respectivement à Zikim et à Netiv Ha’asara.

Une femme dont le mari et le fils ont été assassinés vient parler de ses morts. Selon son témoignage, un homme lui répond en invoquant les fours de la Shoah et en réclamant un autre Hitler pour exterminer les Juifs. Il ajoute ainsi à son deuil le souhait que l’entreprise d’extermination reprenne. Une interruption de projection ne saurait servir d’alibi à une telle abjection. La responsabilité de ceux qui l’entendent est immédiate : protéger cette mère, refuser sa mise à l’écart et agir contre l’auteur de ces propos. Elle a déjà subi le massacre des siens ; elle ne devrait pas avoir à défendre, devant un public européen, son propre droit à vivre.

Pourquoi la haine des Juifs résiste aux faits

Ce qui me frappe, c’est cette victime devenue insupportable à ceux qui devraient reconnaître son deuil. Elle rappelle qu’un Israélien peut être assassiné, qu’un Juif peut être vulnérable et que sa souffrance existe sans autorisation politique.

Reconnaître cette réalité n’impose aucune approbation générale du gouvernement israélien. Cela interdit simplement de distribuer l’humanité selon les appartenances. Pourtant, dans une lecture qui assigne définitivement à Israël le rôle du coupable, la victime israélienne devient une anomalie. Son existence oblige à revoir le récit ; la faire taire permet de le conserver.

Voilà une hypothèse explicative de la haine obsessionnelle : elle peut servir à protéger une certitude contre les faits. Le témoin est alors traité comme un propagandiste, le deuil comme une manipulation, la survie comme une provocation. Tout devient suspect parce que l’accusation doit rester intacte. L’antisémitisme offre ainsi une conviction confortable : le Juif aurait toujours tort, même après avoir enterré les siens.

On ne répond pas à un appel à Hitler par une meilleure brochure de communication. L’information reste indispensable, mais elle suppose un interlocuteur disposé à reconnaître le réel. Celui qui souhaite l’extermination de son interlocutrice ne manque pas seulement de connaissances sur Israël. Il exprime le refus de son droit à vivre.

Dans Yoma (9b), ’Hazal, les Sages du Talmud et du Midrache, attribuent la destruction du deuxième Temple à la haine gratuite, alors même que l’on étudiait la Torah, pratiquait les Mitsvote et accomplissait des actes de bonté. Le Maharal explique dans Netsa’h Israël (4) que cette haine détruit l’unité sur laquelle reposait le Temple. Ce texte concerne les rapports entre Juifs ; j’y puise une réflexion sur notre sujet : une société peut conserver ses discours moraux et ses œuvres généreuses tout en laissant la haine détruire le lien qui oblige à reconnaître autrui. Le bien que l’on fait ailleurs ne dispense jamais de protéger celui que notre propre camp rejette.

La gauche doit défendre les Juifs sans calcul politique

La question adressée à la gauche est particulièrement exigeante parce qu’elle revendique l’égalité, l’antiracisme et la défense des vulnérables. Ces engagements créent une obligation. Condamner la haine des Juifs devient un test de leur sincérité lorsque cette condamnation risque de contrarier des militants, de fragiliser une alliance ou de contredire un discours sur Israël.

La gauche dans son ensemble doit répondre de ses choix, y compris ses dirigeants modérés, ses syndicats et ses institutions culturelles. Les conduites individuelles diffèrent, mais les silences, les invitations et les compromis peuvent contribuer au climat dont chacun prétend se désolidariser.

Le cas britannique fournit un élément concret. En 2020, l’Equality and Human Rights Commission, autorité indépendante chargée de l’égalité, a constaté des actes illégaux dans le traitement de l’antisémitisme au sein du Parti travailliste. Le rapport relevait notamment harcèlement, discrimination et ingérences politiques. Une grande formation de gauche pouvait donc proclamer son antiracisme tout en laissant fonctionner des mécanismes qui le contredisaient.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et son épouse Sara en entretien avec Sabine Tassa, dont le mari et le fils ont été assassinés lors du massacre du 7 octobre à Netiv HaAsara.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et son épouse Sara rencontrant Sabine Tassa, endeuillée par l'assassinat de son mari et de son fils lors du massacre du 7 octobre.

L’institution a toutefois clos sa surveillance en janvier 2023, estimant mises en œuvre les mesures nécessaires. Cette évolution renforce l’exigence de responsabilité : des changements sont possibles lorsqu’une direction accepte de modifier ses procédures. La fermeté ne condamne pas la gauche à renoncer à ses valeurs ; elle l’oblige à les appliquer.

Pourquoi cette froideur envers les Juifs ? La fidélité au camp peut l’emporter sur l’exigence morale. Reconnaître une victime israélienne devient une concession à l’adversaire. Cette subordination de l’humanisme à la stratégie doit être combattue jusque dans les mouvements qui se pensent immunisés contre le racisme.

L’Europe doit sanctionner les menaces contre les Juifs

Les institutions européennes ne manquent pas de textes. En octobre 2024, le Conseil de l’Union européenne a adopté une déclaration demandant notamment de renforcer la sécurité des personnes et des institutions juives. Mais un engagement doit se juger à ses résultats : peut-on porter une kippa, fréquenter une synagogue ou témoigner d’un massacre sans devoir calculer le risque ?

L’enquête de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, publiée en 2024, apporte un indicateur alarmant : 76 % des répondants déclaraient dissimuler au moins occasionnellement leur identité juive. Ces réponses avaient été recueillies avant le 7 octobre 2023. Elles décrivent l’expérience des participants à une enquête, pas un recensement exhaustif, mais elles révèlent une liberté déjà amputée.

La réponse radicale doit porter sur l’effectivité : enquêter sur les menaces, identifier leurs auteurs, engager les procédures appropriées, sanctionner les comportements établis et protéger immédiatement les personnes visées. Dans les partis, les universités et les associations, les règles disciplinaires doivent s’appliquer aux alliés autant qu’aux adversaires. Les moyens engagés et les suites données doivent pouvoir être examinés publiquement.

Cette exigence ne commande pas de supprimer la critique d’Israël. Elle commande de cesser de l’utiliser comme écran protecteur lorsqu’apparaissent intimidation et appels au meurtre. Ni la liberté artistique ni l’engagement pour les Palestiniens ne donnent un droit de menacer une mère juive. Protéger cette dernière ne retire aucun droit aux civils palestiniens.

L’antisémitisme menace aussi les nations libres

Les propagateurs de haine profitent de libertés dont ils cherchent à exclure leurs cibles : parler, se réunir, militer, être protégés par les institutions. Le coût de cette hostilité est reporté sur ceux qui veulent simplement vivre : sécurité renforcée, événements annulés, identités dissimulées, parole retenue. Une démocratie doit refuser que l’intimidation décide qui peut occuper l’espace public.

Sabine Ta’asa a témoigné le 4 septembre 2024, à Genève, devant le Comité des droits de l’enfant, pendant l’examen du rapport d’Israël. Le compte rendu officiel mentionne son témoignage et la souffrance de ses trois fils survivants.

La Torah oblige à reconnaître la haine et à protéger les vies

La Torah nous demande cette lucidité. Sur Bérechit (33, 4), Rachi rapporte Rabbi Chimon bar Yo’haï :

הלכה היא בידוע שעשו שונא ליעקב,
Il est établi qu’Essav hait Yaakov.

Cette parole reconnaît la persistance d’une hostilité que les circonstances ne suffisent pas toujours à expliquer. Mais Rachi poursuit : à cet instant, Essav fut saisi de compassion et embrassa Yaakov de tout son cœur. Reconnaître la haine oblige donc au discernement : ni une émotion passagère ne garantit la sécurité, ni la vigilance ne dispense de reconnaître un geste sincère.

La Halakha transforme cette vigilance en devoir. La paracha Kedochim affirme : Tu ne resteras pas indifférent au sang de ton prochain, Vayikra (19, 16). Le Rambam précise que celui qui peut sauver et s’abstient transgresse cet interdit ; il inclut le fait d’apprendre qu’un piège se prépare contre quelqu’un sans l’en avertir, Michné Torah, Hilkhot Rotséa’h ouChemirat Néfech (1, 14). L’obligation commence donc avant que le sang coule : avertir et agir pour écarter le danger.

Face aux menaces, cette exigence commande une protection concrète. Sabine Ta’asa ne devrait pas consacrer sa vie à démontrer qu’elle mérite de vivre. Une société qui entend sa parole doit prendre ses responsabilités. La haine gratuite détruit ; la fidélité à la Torah oblige à défendre la vie menacée.