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Lettres de l'exil séfarade : Nahmanide

Lundi 6 Juillet 2015 | 12h40   Vue : 3288 fois
 
 
 
 



Avec la conquête par les Musulmans de régions européennes de plus en plus vastes, les Juifs du Moyen-Orient ont vu que s’y offraient à eux de nouvelles possibilités. L’une des meilleures terres d’accueil s’avéra être l’Espagne, à partir de la conquête musulmane de 711. De fait, leurs conditions d’existence y ont été si bonnes que la moitié de la population juive, encore à ce jour, est appelée séfarade, c’est-à-dire « espagnole », l’autre moitié étant achkenaze, c’est-à-dire « allemande ».

Une des personnalités les plus influentes en Espagne témoigne :

Barcelone, juillet 1263. L’Espagne catholique est au fait de sa puissance. Le roi d’Aragon Jaime Ier piqué par la curiosité… et l’Inquisiteur Raymond de Pennafort, provoque devant sa cour et tout ce que l’Espagne catholique compte de mitres, théologiens, inquisiteurs, artisans, habitants de Barcelone et des faubourgs….

Rabbi Moïse ben Nahman (Nahmanide) né à Gérone en 1194, l’une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol de l’époque, et, Paul Christiani, dominicain et juif converti au christianisme pour une Disputatio ("dispute" théologique dans l’esprit de l’époque, c’était avec la lectio le second pilier de l'étude) qui va durer quatre jours. Le grand spectacle promet d’être passionnant, il est précédé d’une vaste campagne de communication en vue de conversions des juifs au christianisme, d’interventions du pape auprès du Roi (deux Bulles visant à ce que le roi modifie son attitude envers les juifs et censure les écrits rabbiniques)… Au menu: la venue du Messie et sa nature.

Deux solutions : soit le messie est déjà venu et les juifs ne l’ont pas reconnu, dans ce cas ils méritent leur errance sans signification conséquence de leur erreur. Soit le Messie n’est pas encore venu, et la Chrétienté est seulement un pouvoir de ce monde. Une puissance politique pure et simple.

Et ce nouvel Empire romain connaîtra le sort de tous les empires, qui après une naissance quasi miraculeuse et une montée en puissance fulgurante subissent un déclin inéluctable.


Disputation entre juifs (reconnaissables à leur couvre chef)
et chrétiens, gravure 1483
Christiani manie le Talmud pour démontrer que les Rabbanim de l’époque de Jésus… pensaient que Jésus faisait un candidat plausible pour le poste de messie.

Il apostrophe Nahmanide avec la question de Rabbi Josué au prophète Élie dans le traité Sanhédrin, 98a. R Josué demande à Elie : " Quand viendra le Messie ? Elie répond : Demande-le au Messie lui-même ! — Et où est-il ? demande R Josué : — À la porte de Rome parmi les malades." La voilà la preuve! le Frère Paul triomphe : « Tu vois bien, le Messie est déjà venu et il est dans Rome. »

A 70 ans, Nahmanide est déjà très âgé. Il objecte en riant : si le Messie est déjà venu, pourquoi demander à Élie « quand viendra-t-il ? ». « Ce n’est que lorsque le Messie viendra devant le pape (à Rome) et lui dira par un commandement de Dieu : “Renvoie mon peuple”, qu’il sera effectivement venu… ». Nahmanide manie le midrash et le Talmud avec ironie. Pour lui, la seule différence pour Israël « entre ce monde et les temps messianiques est la soumission aux pouvoirs ». Le frère Paul selon lui : « ne connait rien du tout ». Ironie sous cape quand même… L’Inquisition n’est pas réputée pour son humour délirant.

Il faut comprendre le réel enjeu du débat qui est plus politique que théologique. L’Eglise de l’époque n’a sans doute que faire d’une quelconque venue ou retour du messie dont les spéculations sont entièrement instrumentalisées au service de ses ambitions séculières comme l’a magnifiquement montré Dostoïevski dans sa "Légende du grand Inquisiteur".

Il faut comprendre le réel enjeu du débat qui est plus politique que théologique. L’Eglise de l’époque n’a sans doute que faire d’une quelconque venue ou retour du messie dont les spéculations sont entièrement instrumentalisées au service de ses ambitions séculières comme l’a magnifiquement montré Dostoïevski dans sa "Légende du grand Inquisiteur".


Tribunaux de l'inquisition
En réalité l’Eglise du XIIIeme siècle a allègrement passé la ligne rouge du pouvoir théocratique, que sa propre tradition biblique et évangélique lui interdit, le royaume de Dieu n’est pas de ce monde.

Mais pour l’Inquisition, en 1240 à Paris ou en 1263 à Barcelone, pour elle, la théologie est l’antichambre de la politique. Il s’agit de pousser les juifs à la faute en les mettant en position de contester publiquement le pouvoir royal. C’est la méthode Pilate: " Es-tu roi? ". Nahmanide qui a été probablement nommé grand rabbin de Catalogne en 1264, à la mort de Jonas ben Abraham de Gérone est donc seul exposé dans cette pièce qui se joue autour de lui. Il est le seul qui y prend un risque et joue sa vie en présence de l’Inquisition dont les intentions ne font de doute pour personne. Maître reconnu dans la communauté juive jusqu’en Provence (il y envoie des lettres suite aux condamnations juives de Maïmonide), en Aragon, dans le Nord de la France… à travers lui c’est toute la communauté juive que l’Eglise vise. Raymond de Pennafort, de son coté général des dominicains en 1237 et confesseur du pape Grégoire IX de 1230 à 1240,

La dispute vire donc au procès du judaïsme. Un procès politique. Nahmanide qui avait obtenu du roi la pleine liberté de parole « À condition de ne point faire outrage à la foi », modère l’Inquisiteur Raymond de Pennafort, met en échec le dominicain Christiani et gagne la bataille de l’esprit. Nahmanide est récompensé par son protecteur le roi de trois cents dinars, qui le prie de retourner dans sa ville de Gérone « pour la vie et la paix ».

Après la dispute , Nahmanide raconte en un récit les quatre journées de débats. Ce document précieux illustre la polémique politique et religieuse entre juifs et chrétiens à l’époque. Mais les dominicains qui ont perdu au prétoire-université à la loyale décident se vengent dans la rue sans tarder… façon holligans! ils font brûler le Talmud et obtiennent du Roi l’expulsion de Nahmanide du royaume d’Espagne.


Des juifs reclamant la grace du roi Fernand
et de la reine Isabelle à l'epoque de l'expulsion

La dispute est l’occasion pour l’Inquisition de lancer ses premières attaques contre les juifs et tous ceux qui échappaient à son pouvoir. Ne parvenant pas à utiliser le Talmud contre les juifs, l’Eglise condamnera la tradition juive : Le Talmud est condamné et des exemplaires saisis sont brûlés à Paris en 1242 après la disputatio de Paris de 1240.

Puis, la pression montant d’un cran, les juifs, dont Nahmanide est le plus haut représentant sont chassés de la société chrétienne. Puis commenceront les procès d’Inquisition et enfin les bûchers. Des persécutions systématiques d’abord idéologiques, puis judiciaires, des exécutions enfin, qui culmineront avec la catastrophe de 1492 touchant alors tous les juifs de la péninsule ibérique.


Gravure du XIXe siècle représentant l'expulsion
des Juifs d'Espagne-1492
Nahmanide quitte probablement le Royaume d’Aragon pour la Castille ou le Sud de la France. Il part finalement pour la terre d’Israël sous la contrainte en 1267. Il est alors âgé de soixante-treize ans.

Christiani, tout à sa nouvelle fureur antisémite, intriguera auprès du bon roi "Saint Louis", Louis IX, pour que les juifs de France portent la rouelle (un badge jaune reconnaissable sur l’image ci dessous) et un bonnet spécial pour les femmes, sous peine d’ une amende de 10 livres. Objectif : éviter de contaminer le bon peuple avec des doutes pernicieux. Nahmanide passera les trois dernières années de sa vie en Terre sainte. Il y publie son commentaire sur le ‘Houmach, commencé en Espagne.

Il écrit alors : Je suis l’homme qui vit l’affliction. Je suis banni de ma table, éloigné de mes amis et de mes parents, et il y a trop de distance pour se revoir [...] Mais la perte de tout ce dont mes yeux se réjouissaient est compensée par ma joie présente d’avoir passé une journée dans tes ruelles, ô Jérusalem [...] où il m’est accordé de caresser tes pierres, de frôler ta poussière et de pleurer sur tes ruines. Je pleure amèrement, mais je trouve la joie dans mon cœur. Je déchire mes vêtements, mais j’y trouve du réconfort.

Maquette du quartier juif de Geronne


Pierre synagoguale à Geronne au 14ième siècle


Texte en latin de la disputation d'Espagne


Plaque commémorative, de 2009 de la ville de Ribadavia en hommage à ses citoyens condamnés par lInquisition il y 400 années à cause de leur croyance


Mikvé médiéval (vers 1264) à Besalu au nord de Gérone en Catalogne





   


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